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Prime de risque réclamée, jets d’eau reçus : l’humiliation des médecins devant le gouvernement
By GéantRadio
Published on 15/07/2026 17:44
SANTÉ

Des images circulant depuis quelques heures sur les réseaux sociaux montrent une scène qui choque : des médecins en blouse blanche, assis pacifiquement devant l’hôtel du gouvernement à Kinshasa, dispersés à coups de canons à eau et bousculés par des éléments de la police nationale congolaise. 

La scène s’est déroulée en deux temps. D’abord un sit-in entamé mardi 14 juillet, puis une intervention musclée ce Mercredi matin qui a tourné à l’humiliation publique pour des praticiens qui ne demandaient qu’à être reçus.

Regroupés au sein du collectif des médecins non primés, les manifestants avaient décidé de camper devant l’immeuble du gouvernement. Objectif : obtenir une audience avec le ministre de la Santé afin de déposer un mémorandum sur leur situation. 

Au cœur de leurs revendications, l’alignement à la prime de risque. Une mesure prévue depuis des années mais dont l’application reste partielle.

Le docteur Bakandi Mbula Felly, coordonnateur de l’ONG de défense des droits des médecins "Sauvons la Corporation Médicale", revient sur le déroulé des faits. 

« Ils étaient là dans l’espoir d’être reçus. N’ayant obtenu aucune réponse, ils ont passé la nuit à la belle étoile, devant l’immeuble intelligent, en attendant une hypothétique réception », explique-t-il.

Le mercredi matin, la tension est montée. Selon le témoignage du Dr Bakandi, les forces de l’ordre ont fait irruption sur le lieu du rassemblement.

« Le matin, pendant qu’ils étaient là, en attendant leur réception par le ministre de la santé, ils ont vu la police les brutaliser. Un médecin a même été tabassé, et d’autres ont été aspergés d’eau », décrit-il.

Les vidéos devenues virales montrent des blouses blanches trempées, des chaises renversées et des médecins contraints de se disperser sous la pression des jets d’eau. Aucune arrestation n’a été officiellement signalée, mais plusieurs praticiens dénoncent des blessures légères et un traitement jugé dégradant.

Pour le Dr Bakandi, cette intervention dépasse le cadre du maintien de l’ordre. 

« C’est un traitement indigne. Les médecins sont des cadres de la société. Ils ont le droit de revendiquer, comme tout citoyen lésé, sans être brutalisés », fustige-t-il.

Il exige désormais l’identification des policiers impliqués et l’ouverture d’une enquête. 

« Nous allons où dans ce pays, où les médecins sont maltraités de cette manière, seulement parce qu’ils ont réclamé un droit qui est légitime ? », s’interroge-t-il.

Au-delà de l’incident, le fond du problème reste budgétaire et administratif. Le Dr Bakandi rappelle au gouvernement son engagement pris dans les accords de Bibwa. Ces accords prévoyaient l’alignement de 800 médecins à la prime de risque chaque trimestre.

Or, le dernier alignement daterait du troisième trimestre de l’année 2025. Depuis, plus rien. 

Conséquence : environ 5 800 médecins affectés par l’Etat congolais attendent toujours d’être intégrés et payés correctement.

« C’est ce retard qui alimente la colère. Des gens travaillent depuis des mois sans prime, sans salaire complet, et quand ils réclament, on les arrose », résume le coordonnateur de l’ONG.

Ce bras de fer n’est pas isolé. Depuis le début du mois de juin, plusieurs syndicats de médecins exerçant dans les hôpitaux publics sont entrés en grève sèche. 

Leurs revendications sont claires : paiement d’environ dix mois d’arriérés de salaires et amélioration des conditions de travail dans les structures publiques, souvent dépourvues de matériel de base.

Face à l’absence d’avancées, les syndicats ont durci le ton. Ils ont lancé l’opération baptisée « hôpitaux sans médecins ». Résultat : de nombreux établissements publics de santé à travers le pays fonctionnent au ralenti, voire sont à l’arrêt, mettant en difficulté des milliers de patients.

L’épisode de Kinshasa illustre la rupture de confiance entre le pouvoir et le corps médical. D’un côté, un gouvernement qui peine à tenir ses engagements financiers. De l’autre, des praticiens qui estiment n’avoir plus d’autre choix que la rue pour se faire entendre.

Le Dr Bakandi Mbula Felly appelle les autorités à renouer le dialogue et à respecter immédiatement le calendrier d’alignement prévu par les accords de Bibwa. Il prévient : tant que les 5 800 médecins en attente ne seront pas pris en compte, la mobilisation va se poursuivre.

En attendant, les images de ce mercredi restent. Elles posent une question simple à l’opinion : comment un pays peut-il soigner sa population si ceux qui soignent sont eux-mêmes traités avec mépris au moment où ils réclament justice ?

Yves Sayo/ Actualité.CD

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