À Bunia, chef-lieu de la province de l’Ituri, la tension monte au sein des équipes mobilisées contre l’épidémie d’Ebola. Plusieurs mois après le début de la riposte, des agents de terrain dénoncent publiquement le non-paiement de leurs prestations. Une situation qui risque de fragiliser la réponse sanitaire dans une province déjà éprouvée.
Depuis le déclenchement de l’épidémie, des centaines d’agents de la riposte sont déployés 24h/24 à Bunia et dans les zones de santé environnantes. Enquêteurs, hygiénistes, chauffeurs, psychologues, agents d’enterrement digne : tous sont en première ligne pour casser la chaîne de transmission du virus.
Mais à ce jour, plusieurs d’entre eux affirment n’avoir encore perçu aucune rémunération. Une situation qu’ils jugent "injuste et décourageante" alors qu’ils exposent quotidiennement leur vie pour protéger la population.
"Nous travaillons depuis le début de l’épidémie sans être payés. Nous avons des familles à charge. Comment pouvons-nous continuer à servir dans ces conditions ?", s’indigne un agent de surveillance joint par téléphone.
Face à ce ras-le-bol, le député national élu de Bunia, Gratien Iracan, a décidé de monter au créneau. Dans une déclaration faite à la presse locale, l’élu appelle le Gouvernement central à réagir "sans délai" pour débloquer les fonds nécessaires au paiement des primes et indemnités des agents.
Pour lui, il est inadmissible que ceux qui combattent l’épidémie en première ligne soient eux-mêmes abandonnés.
"Nos vaillants agents de la riposte ne peuvent pas continuer à travailler dans la précarité. Le Gouvernement doit prendre ses responsabilités. Je vais également adresser une lettre officielle aux autorités sanitaires au niveau national pour une prise en charge urgente de ce dossier", a-t-il annoncé.
Le parlementaire estime que le retard de paiement démotive les équipes et constitue un frein majeur à l’efficacité de la riposte dans la province.
Malgré ce climat social, les activités de lutte contre Ebola se poursuivent en Ituri, mais aussi au Nord-Kivu et au Sud-Kivu. Les trois provinces restent sous haute surveillance.
Selon le dernier bulletin publié, les efforts portent sur trois axes : le renforcement de la surveillance épidémiologique, l’amélioration de la prise en charge des malades et la multiplication des interventions de terrain pour sensibiliser les communautés.
Le bilan reste lourd. À la date du dernier rapport, on dénombre :
- 1 561 cas confirmés, avec 33 nouveaux cas enregistrés au cours des dernières 24 heures.
- 506 décès, dont 14 nouveaux décès.
- 253 personnes guéries, soit 14 nouvelles guérisons.
- 628 patients sont actuellement en prise en charge dans les Centres de Traitement Ebola.
- Le taux de suivi des contacts atteint 81,6 %, un indicateur essentiel pour briser les chaînes de transmission.
À retenir des dernières 24h :
- 33 nouveaux cas confirmés, signe que le virus circule encore activement.
- 14 personnes de plus ont vaincu la maladie, portant le total des guéris à 253.
- La surveillance, les essais cliniques et le suivi rigoureux des contacts se poursuivent pour contenir l’épidémie.
Les organisations de la société civile et les partenaires de la santé s’accordent à dire qu’il est impossible de gagner la bataille contre Ebola sans des agents motivés et bien pris en charge.
L’appel du député Gratien Iracan relance donc le débat sur la gestion des ressources allouées à la riposte. Pour les populations de Bunia, la priorité est claire : payer les agents, pour leur permettre de continuer à sauver des vies.
Biobe Mugheni