Dans une sortie médiatique qui fait déjà réagir la classe politique congolaise, l’ancien ministre Justin Bitakwira a catégoriquement rejeté toute initiative visant à modifier la Constitution de la République Démocratique du Congo.
S’exprimant sans détour, l’ancien membre du gouvernement a qualifié la majorité présidentielle et l’opposition de « deux fous » qu’il conviendrait de « ligoter pour protéger le pays ». Une métaphore choc pour dénoncer ce qu’il perçoit comme une irresponsabilité partagée des deux camps face aux enjeux nationaux.
Pour Justin Bitakwira, les débats récurrents autour d’un changement de la loi fondamentale ne sont pas anodins. Ils constitueraient, selon lui, une menace directe pour la cohésion nationale et la stabilité des institutions. « Les querelles politiciennes autour de la Constitution ne font que fragiliser davantage une République déjà éprouvée », a-t-il martelé.
L’ancien ministre estime que les acteurs politiques, toutes tendances confondues, s’éloignent des priorités réelles de la population. Il dénonce une focalisation excessive sur des ambitions de pouvoir au détriment des urgences sociales, économiques et sécuritaires qui frappent le pays, notamment dans l’Est.
Dans son argumentaire, Justin Bitakwira appelle à un sursaut patriotique. Il exhorte les dirigeants à placer « l’intérêt supérieur de la nation » au-dessus des calculs partisans. À ses yeux, la période exige du sang-froid et de la responsabilité.
« Le pays n’a pas besoin de nouveaux textes, mais d’hommes et de femmes capables de respecter ceux qui existent déjà », a-t-il insisté. Il invite la classe politique à privilégier trois piliers : la stabilité des institutions, le dialogue permanent entre forces vives et la consolidation de l’unité nationale.
Loin de prôner l’immobilisme, l’ancien ministre plaide pour une approche apaisée des divergences. Il considère que le dialogue républicain doit remplacer la surenchère verbale et les manœuvres institutionnelles. Selon lui, toucher à la Constitution dans le climat politique actuel ouvrirait la voie à des crises dont l’issue reste imprévisible.
Cette position intervient alors que plusieurs voix, dans la majorité comme dans l’opposition, évoquent depuis plusieurs mois l’hypothèse d’une révision constitutionnelle. Les motifs avancés vont d’une adaptation aux réalités actuelles à une réforme du mode de scrutin.
La déclaration de Justin Bitakwira devrait susciter des réactions contrastées. Si certains y verront un appel à la raison et à la préservation des acquis démocratiques, d’autres pourraient l’interpréter comme une tentative de freiner toute évolution institutionnelle.
Connu pour ses prises de position tranchées, l’ancien ministre s’est souvent illustré par des discours directs, parfois polémiques, sur la gestion de l’État. Cette nouvelle sortie confirme sa volonté de peser dans le débat public, en se positionnant en défenseur de la stabilité constitutionnelle.
Au-delà des personnalités, la question de la révision constitutionnelle touche au pacte républicain. Pour Justin Bitakwira, modifier la loi fondamentale sans consensus large reviendrait à jouer avec le feu. Il rappelle que la Constitution est le socle sur lequel repose l’ensemble de l’architecture étatique.
Son message se veut ainsi un avertissement : sans unité et sans dialogue, aucune réforme institutionnelle ne pourra garantir la paix et le développement. Le défi, selon lui, est moins juridique que moral et politique. Il appartient aux dirigeants de prouver qu’ils peuvent gouverner dans le cadre existant avant d’envisager de le changer.
Yves Sayo