Alors que la question d’un dialogue national revient au centre du débat politique en République démocratique du Congo, le parti Ensemble pour la République durcit sa position. Pour la formation politique de Moïse Katumbi, aucune sortie de crise durable n’est possible sans la présence autour de la table de toutes les composantes, y compris celles qui ont pris les armes.
Interrogé au micro de Radio Okapi, Christian Mwando, cadre d’Ensemble pour la République, a été clair. Selon lui, exclure certaines parties reviendrait à condamner d’avance tout processus de paix.
« Il faut que l’AFC/M23, Sauvons le Congo et les autres forces politiques et même rebelles soient absolument partie prenante à ce dialogue, parce qu’en excluant une partie de ceux qui portent les armes on aura difficile à résoudre le problème », a déclaré Christian Mwando.
Pour Ensemble pour la République, le terme « inclusif » ne peut pas rester un slogan. Le parti estime que la crise actuelle, marquée par l’activisme de plusieurs groupes armés dans l’Est du pays et par des fractures politiques profondes, exige de dépasser les lignes rouges habituelles.
L’AFC/M23, mouvement politico-militaire actif au Nord-Kivu, et la plateforme Sauvons le Congo font partie des acteurs cités nommément par Christian Mwando. Leur intégration au dialogue est présentée non pas comme une concession, mais comme une condition de réalisme politique.
L’argument avancé est simple. Tant que ceux qui détiennent une capacité militaire ne se sentent pas représentés dans le cadre de discussions, le risque de poursuite des hostilités reste élevé. Le parti considère que le dialogue ne doit pas se limiter aux partis légalement constitués et aux organisations de la société civile déjà reconnues.
La proposition intervient dans un contexte de pressions internes et externes pour relancer les consultations nationales. Plusieurs initiatives ont été évoquées ces derniers mois, avec des formats différents. Certaines visent une concertation restreinte entre forces politiques et sociales. D’autres, portées par des acteurs régionaux, insistent sur la nécessité d’un cessez-le-feu préalable.
Ensemble pour la République prend le contre-pied d’une approche sélective. Le parti rappelle que les précédentes expériences de dialogue ont montré leurs limites lorsqu’une partie prenante importante restait en dehors du processus. Cela a souvent conduit à des accords partiels, difficilement applicables sur le terrain.
Christian Mwando souligne que l’objectif n’est pas de légitimer la violence, mais de reconnaître une réalité. Selon lui, la paix ne se décrète pas en écartant ceux qui contestent l’ordre actuel par les armes. Elle se construit en les ramenant dans un cadre politique.
La position du parti soulève immédiatement la question des modalités. Comment organiser un dialogue avec des mouvements armés tout en préservant l’autorité de l’État et en respectant les victimes des conflits ?
Pour Ensemble pour la République, la réponse passe par un cadre clairement défini, avec des facilitateurs crédibles, un ordre du jour précis et des garanties de sécurité pour tous les participants. Le parti insiste aussi sur la nécessité d’associer la communauté internationale en appui, sans qu’elle ne dicte les conclusions.
L’autre défi concerne l’agenda. Au-delà de la sécurité, Ensemble pour la République souhaite que le dialogue aborde les questions de gouvernance, de réformes électorales, de cohésion nationale et de justice transitionnelle. L’idée est d’éviter un forum uniquement centré sur le partage de postes.
Cette prise de position risque de relancer le débat au sein de la majorité et de l’opposition. Certains acteurs politiques considèrent que dialoguer avec des groupes armés reviendrait à récompenser l’insurrection. D’autres, au sein de la société civile, plaident depuis longtemps pour une approche globale qui ne laisse personne de côté.
En citant nommément l’AFC/M23 et Sauvons le Congo, Christian Mwando met aussi le projecteur sur des mouvements dont le statut politique reste controversé. Leur éventuelle participation nécessiterait des discussions techniques sur le format, la représentation et les engagements à prendre avant toute rencontre.
Pour Ensemble pour la République, le prochain cap sera de transformer cette exigence en proposition concrète. Le parti dit travailler à un mémorandum qui précisera le format, la durée et les thèmes du dialogue qu’il appelle de ses vœux.
Au micro de Radio Okapi, Christian Mwando a conclu sur une note d’urgence. Le pays, dit-il, n’a plus le temps de dialogues d’exclusion. Si l’objectif est réellement la stabilité, alors il faut, selon lui, accepter la difficulté de parler avec tous, y compris avec ceux que l’on combat sur le terrain.
Reste à savoir si cette posture trouvera un écho favorable auprès du pouvoir en place et des autres forces politiques. Le débat sur la légitimité des participants, sur le calendrier et sur les garanties d’application des résolutions s’annonce central dans les semaines à venir.
Yves Sayo