L'unité de façade d'Ensemble pour la République vole en éclats. Le parti de Moïse Katumbi traverse l'une des crises internes les plus profondes de son histoire, sur fond de rivalités personnelles, de règlements de comptes et de luttes d'influence au sommet. Au cœur de la tourmente : le choc frontal entre deux piliers historiques du Katumbisme, Olivier Kamitatu et Salomon Idi Kalonda.
Tout est parti d'attaques jugées mesquines et ciblées visant Olivier Kamitatu, Directeur de cabinet et porte-parole de Moïse Katumbi. Dans une conversation WhatsApp qui a fuité, Salomon Idi Kalonda accuse directement Olivier Kamitatu d'être derrière le site Congo Confidentiel, présenté comme une officine de déstabilisation.
Dans une lettre adressée au Directoire du parti à Kinshasa, Olivier Kamitatu a tenu à nier fermement toute implication dans la gestion de ce site. Pour lui, avant de l'accuser, il fallait d'abord fouiller le contenu du site et interroger l'intérêt réel de son auteur. Un message clair : il refuse d'être le bouc émissaire de la crise.
Mais la ligne rouge, selon plusieurs cadres du parti, aurait été franchie lorsque Salomon Idi Kalonda a comparé publiquement Olivier Kamitatu à Cédric Jumula. Une analogie perçue dans le sérail comme une humiliation suprême. Pour Salomon Idi Kalonda, c'est l'histoire du roi nu qui se croit caché en se voilant la face. Une phrase qui a mis le feu aux poudres.
Alors que la tension montait, le Directoire, présidé par Dieudonné Bolengetende, s'est réuni en urgence et a décidé de suspendre Maître Hervé Diakese Kyungu de ses fonctions de porte-parole, après une sortie jugée rigoureuse à l'émission du journaliste Pierrot Luwara. Dans le même lot, Grâce Omari Matandiko a été exclue définitivement.
Une sanction qui fait grand bruit. Car Diakese avait déclaré sur le plateau : "Je ne donnerai aucun respect à tout celui qui manquera de respect à Olivier Kamitatu". En défendant son mentor politique, dont il vante le parcours d'ancien Président de l'Assemblée nationale et de négociateur historique, Diakese a mis sa propre position en jeu.
Dans son message de recadrage adressé à Olivier Kamitatu, Salomon Kalonda est pourtant catégorique : le respect doit s'imposer dans les deux sens. Les petits jeux mesquins, les coups en silence et les attaques en traître ont assez duré. Aujourd'hui, tu as franchi la ligne rouge.
Cette double sanction est aujourd'hui dénoncée en interne comme une justice à deux poids, deux mesures. Le comité Bolengetende est accusé de partialité : pourquoi sanctionner Diakese pour avoir défendu Kamitatu, tout en fermant les yeux sur les attaques répétées dont ce dernier fait l'objet depuis des mois ?
Dans ce bras de fer, Moïse Katumbi apparaît dans une position extrêmement confuse. Après avoir longtemps gardé le silence, son arbitrage est désormais attendu par tous comme l'ultime recours. Or, Ensemble pour la République est une mosaïque fragile, constituée de leaders venus d'autres partis avec leurs propres troupes et leurs propres ambitions.
Le départ de Pierre Lumbi avait déjà fragilisé l'équilibre. Aujourd'hui, c'est l'ossature même qui vacille. Plusieurs cadres affichent désormais le logo de l'ARC sur leurs profils WhatsApp et Facebook, alimentant les spéculations sur des départs groupés et des tensions croissantes.
Dans sa correspondance, Olivier Kamitatu a d'ailleurs laissé un mot fort qui en dit long sur l'avenir : "Ceci révèle la nature de nos relations dans l'avenir".
La question qui brûle désormais toutes les lèvres à Kinshasa, Lubumbashi, Kolwezi et partout en République Démocratique du Congo est posée : qui partira le premier aux côtés de Moïse Katumbi ? Salomon Idi Kalonda ou Olivier Kamitatu ? Deux hommes qui sont à ses côtés depuis très longtemps, deux maréchaux du même combat, mais dont la cohabitation semble désormais impossible.
Le mal est profond, et sans une médiation forte et immédiate du Président national, Ensemble pour la République risque l'implosion à quelques mois d'échéances politiques cruciales.
Etienne Kankwende/ Rédaction