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"Sans Kabila et le M23, pas de dialogue" : Delly Sesanga défie le pouvoir et réclame l’impensable
By GéantRadio
Published on 22/07/2026 19:21
POLITIQUE

Invité au Space live animé par le journaliste Stanis Bujakera Tshiamala, l’opposant et président de la plateforme C64, Delly Sesanga, a détaillé les conditions que sa coalition juge "non négociables" avant l’ouverture d’un dialogue national. Pour lui, pas de discussion sérieuse sans "décrispation" politique préalable et sans l’ensemble des acteurs de la crise, y compris les groupes armés.

Face à plus de 10 000 auditeurs connectés, Delly Sesanga a d’abord insisté sur le climat dans lequel devrait se tenir les assises. 

« Il est naturel que le dialogue doit se dérouler dans des conditions de sérénité et dans un lieu qui garantisse que la paix, la liberté des uns et des autres est de mise », a-t-il martelé.  

Pour le député de Luiza, la réussite des échanges dépendra aussi de la capacité du pouvoir à appliquer les conclusions : « Les modalités, les conditions de mise en œuvre des résolutions, des discussions, des solutions que l’on aura trouvées doivent être garanties pour que l’on puisse avancer de ce point de vue ».

Entrant dans le concret, il a dressé la liste de ce qu’il appelle des "mesures de dégel". Sans les présenter comme un ultimatum, il les décrit comme des signaux indispensables pour prouver la bonne foi du pouvoir.

« Et si on peut parler de préalables, je dirais qu’aujourd’hui il y a des mesures de décrispation qu’il faut sans doute pouvoir rencontrer. Vous avez des jeunes gens aujourd’hui qui sont en prison. Vous avez des Congolais qui sont privés de passeport. Vous avez des gens qui parfois sont condamnés à l’emporte-pièce », a énuméré l’ancien ministre.

Selon lui, ces gestes visent à "désescalader la montée aux extrêmes" et à créer un minimum de confiance. « Il faut des mesures de dégel qui permettent de voir qu’il y a une décrispation [...] pour aller dans la voie d’une solution au problème du pays ».

Sans citer de noms, Sesanga faisait clairement allusion à plusieurs dossiers portés par la C64. Il a notamment confirmé avoir évoqué personnellement le cas de l’activiste Benjamin Babunga avec le président burundais Évariste Ndayishimiye, illustrant la dimension régionale que prendraient ces libérations.

Le second pilier de la position de la C64 concerne la composition même du dialogue. Pour Delly Sesanga, limiter les discussions aux seules forces institutionnelles serait une erreur stratégique et condamnerait toute issue à l’échec.

« Autour du dialogue, toutes les parties prenantes. Joseph Kabila, Nangaa, AFC/M23 et tous les autres. Les politiques, la société civile, tout le monde devrait se retrouver pour traiter des problèmes du pays », a-t-il déclaré.

L’argument central du leader de l’opposition repose sur la nature du conflit. Il estime qu’il est illusoire de parler de paix sans entendre ceux qui portent les armes.

« Comment voudriez-vous traiter la question de la guerre si vous ne la discutez pas avec ceux qui la font ? », a-t-il lancé.  

Et de poursuivre : « La question que nous posons ici, c’est que le cadre dans lequel on doit pouvoir discuter [...] ne peut pas être transigé entre monsieur Tshisekedi d’un côté et l’AFC/M23 de l’autre. Nous disons : l’AFC/M23, monsieur Tshisekedi, Joseph Kabila et tout le monde qui ont du grief sur la situation du pays, qu’on puisse trouver des solutions à l’avenir de ce pays ».

Pour Sesanga, exclure l’ancien président Joseph Kabila, le coordonnateur de l’AFC/M23 Corneille Nangaa ou le mouvement rebelle reviendrait à organiser "un dialogue de façade".

Interrogé directement sur la possibilité pour l’opposition de Kinshasa de siéger à une table dont seraient absents Kabila, l’AFC/M23 et la plateforme Sauvons la RDC, Delly Sesanga a fermé la porte.

« Un dialogue qui serait exclusif ne serait pas un dialogue qui apporte des solutions aux conditions de paix, de sécurité, de stabilité de notre pays. Il faut avoir le courage de le dire. Je le dis », a-t-il conclu, sous les applaudissements de nombreux participants au Space.

Cette sortie intervient alors que le pouvoir évoque depuis plusieurs semaines la tenue d’un dialogue national pour sortir de la crise sécuritaire dans l’Est et de l’impasse politique. La C64 pose donc ses marqueurs : pas de dialogue sans ouverture des prisons, sans levée des mesures administratives, et surtout sans tous les protagonistes, y compris ceux considérés comme "ennemis de la République" par le pouvoir.

Reste à savoir si cette exigence d’inclusivité maximale sera entendue à la Présidence, qui privilégie jusqu’ici un format plus restreint. Le débat, lui, est désormais lancé sur la place publique.

Yves Sayo 

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