Ads
Frontal : Kikuni, Makila et Onyemba torpillent la C64, Munongo et Kabange doutent
By GéantRadio
Published on 21/07/2026 11:35
POLITIQUE

La coalition Article 64 pour la défense de l’ordre constitutionnel a décidé de suspendre la manifestation qu’elle prévoyait ce mercredi 22 juillet à Kinshasa. Objectif initial : exiger la démission du président Félix Tshisekedi, accusé de « trahison de son serment constitutionnel ». La décision intervient après une rencontre, mercredi, entre le chef de l’État et les principales confessions religieuses, qui ont obtenu l’organisation d’un dialogue national inclusif.

Le report, annoncé par le présidium de la C64, ne fait pas l’unanimité. Une partie de l’opposition, en particulier celle basée à l’étranger, y voit un recul. Elle accuse la coalition de donner un répit au pouvoir et appelle désormais à se ranger derrière l’initiative « Sauvons la RDC », portée par Joseph Kabila.

Réunis pendant plusieurs heures lundi, les membres du présidium de la C64 expliquent avoir choisi de « laisser une chance » au processus initié par les Églises. Le dialogue national inclusif doit se tenir jusqu’au 15 août. Passée cette date, la coalition prévient qu’elle pourrait reprendre ses actions de rue.

Dans son communiqué, la C64 présente ce geste comme un « acte de responsabilité ». Elle insiste : le report ne signifie ni renoncement, ni affaiblissement. La coalition réaffirme son opposition à toute révision constitutionnelle et rappelle les articles 70 et 220 de la Constitution, qui limitent à deux le nombre de mandats présidentiels.

En attendant, la C64 maintient l’ensemble de ses structures, au pays comme dans la diaspora, en « état de mobilisation et d’alerte maximale ».

La première réaction virulente est venue de Seth Kikuni. En exil depuis janvier, l’opposant a rejeté la légitimité de la C64 à incarner la contestation.

« Il n'y a qu'une seule opposition non armée en RDC : Sauvons la RDC. C'est à cause de cela qu'elle compte le plus grand nombre de prisonniers et exilés politiques. Même leurs passeports confisqués ne sont jamais restitués. C'est Sauvons la RDC qui mettra fin à la tyrannie de Tshisekedi », a-t-il écrit sur X.

Pour lui, seule la dynamique initiée par Joseph Kabila est en mesure de faire contrepoids au pouvoir de Kinshasa.

Ancien ministre et député national, José Makila a lui aussi critiqué le report. Il parle de « recul » et de « maintien du statu quo » au lieu du « renversement » attendu par une partie de la base militante.

« Le peuple congolais n’a pas besoin d’une opposition qui multiplie les annonces avant de battre en retraite. Il a besoin d’une opposition qui tient parole et assume ses responsabilités lorsque l’histoire l’appelle », a-t-il déclaré.

Comme Seth Kikuni, il présente « Sauvons la RDC » comme « le véritable mouvement de l’opposition » face à « la tyrannie qui se consolide ».

La décision du présidium a aussi suscité des remous en interne. Dominique Munongo, députée nationale d’Ensemble pour la République de Moïse Katumbi et membre du présidium de la C64, n’a pas caché son incompréhension.

« La population avait mis tant d’espoir sur le C64. C’est tout simplement pathétique », a-t-elle regretté, en s’interrogeant publiquement sur l’existence « d’arrangements obscurs en coulisse ».

Pour Félix Kabange Numbi, ancien ministre, la suspension de la marche est une victoire pour le pouvoir. 

« C64 joue et Tshisekedi gagne », a-t-il lancé. Il a profité de l’occasion pour rappeler le sort réservé à la proposition de loi référendaire par la Cour constitutionnelle, dont il est convaincu qu’elle sera jugée recevable. À l’instar de ses collègues critiques, il estime que seule l’initiative « Sauvons la RDC » peut s’opposer efficacement au régime actuel.

Le plus virulent reste Laurent Onyemba, avocat et cadre d’Ensemble pour la République. Il demande carrément la dissolution de la C64.

« La dynamique ne sera plus jamais la même. Nous demandons au peuple de se désolidariser de la coalition C64 », a-t-il écrit. 

Selon lui, la plateforme a été créée pour s’opposer à une révision constitutionnelle, et non pour cautionner un dialogue. Il considère que plusieurs agendas, difficilement conciliables, cohabitent désormais au sein de la coalition.

Avec ce report, la C64 tente de concilier deux impératifs : peser sur l’agenda politique sans fermer la porte au dialogue proposé par les Églises. Mais la fronde qui monte, y compris en son sein, montre la difficulté de maintenir l’unité dans l’opposition.

Le pouvoir, de son côté, gagne du temps. D’ici au 15 août, date butoir fixée par la C64, le dialogue national inclusif sera au centre de toutes les attentions. Si les conclusions ne satisfont pas la coalition, la rue pourrait redevenir le principal terrain d’expression.

Yves Sayo 

Comments
Comment sent successfully!

Chat Online