L’ancien ministre et député national Justin Bitakwira a lancé un appel public aux plus hautes autorités du pays. Il demande au gouvernement, au ministre de la Défense et au chef d’état-major général des Forces Armées de la République Démocratique du Congo de se rendre personnellement sur les lignes de front.
Pour Justin Bitakwira, les rapports qui remontent de l’Est et d’autres zones en tension ne suffisent plus à donner une image fidèle de la réalité.
« Il est temps que ceux qui prennent les décisions viennent voir par eux-mêmes ce qui se passe. Les bureaux de Kinshasa ne peuvent pas remplacer le contact direct avec le terrain », a-t-il déclaré.
L’ancien ministre estime qu’une descente des responsables politiques et militaires permettrait de faire le point avec les commandants d’unités, les troupes et les populations locales. L’objectif : recouper les informations, identifier les blocages logistiques et mesurer l’impact des opérations en cours.
Au cœur de son plaidoyer, Justin Bitakwira évoque des « soupçons de complicité » qui circulent autour de l’intensification des combats.
Sans citer de noms ni de faits précis, il souligne que la rumeur et la désinformation profitent du manque de visibilité officielle sur ce qui se passe réellement aux avant-postes.
« Quand les autorités ne viennent pas, les interprétations prennent la place des faits. Seule une présence visible peut couper court aux spéculations et rassurer à la fois les militaires et les civils », poursuit-il.
L’ancien député insiste sur la nécessité de « faire toute la lumière » sur les informations rapportées ces dernières semaines, notamment les attaques coordonnées et les mouvements de groupes armés signalés sur plusieurs fronts.
Depuis le début du mois, plusieurs sources locales font état d’une recrudescence des affrontements dans l’Est du pays. Les FARDC font face à une pression accrue sur certaines positions, avec des conséquences directes sur les civils : déplacements de populations, perturbations de l’aide humanitaire et tensions communautaires.
Dans ce contexte, la demande de Justin Bitakwira rejoint une préoccupation plus large : rapprocher le commandement de la troupe. Pour de nombreux observateurs, la visite d’une délégation gouvernementale et militaire de haut niveau aurait une double portée.
D’abord une portée opérationnelle. Évaluer les besoins en munitions, en ravitaillement, en soins médicaux et en appui aérien directement avec les officiers de terrain.
Ensuite une portée symbolique. Montrer que la défense du territoire est une priorité portée au plus haut niveau de l’État.
L’ancien ministre ne se limite pas à une simple recommandation. Il parle d’un devoir de leadership.
« Le ministre de la Défense et le chef d’état-major ne peuvent pas gérer cette guerre à distance. Leur place est aussi aux côtés des soldats qui risquent leur vie chaque jour », a-t-il martelé.
Justin Bitakwira rappelle que dans l’histoire militaire de plusieurs pays, les moments de crise ont été surmontés quand le commandement a choisi d’aller au contact. Il appelle donc à organiser rapidement une mission d’évaluation conjointe, associant le gouvernement et l’état-major général.
Pour l’instant, ni le ministère de la Défense ni l’état-major général des FARDC n’ont réagi officiellement à cette interpellation.
Du côté de la société civile, certains saluent l’initiative et y voient un moyen de renforcer la confiance entre la population et l’armée. D’autres s’interrogent sur les conditions de sécurité d’une telle visite et sur son impact réel sur le cours des opérations.
Quoi qu’il en soit, l’appel relance le débat sur la gouvernance de la guerre et la communication des autorités face à la crise sécuritaire.
Justin Bitakwira demande une mobilisation politique et militaire au plus près du terrain.
Il fonde sa demande sur trois axes : vérifier la situation réelle, dissiper les soupçons de complicité, et apporter un soutien moral aux troupes engagées.
Alors que les combats s’intensifient sur plusieurs fronts, la question posée est simple : comment piloter efficacement une guerre sans voir directement le théâtre des opérations ?
Biobe Mugheni