Lors d’une rencontre tenue avec Évariste Ndayishimiye, Président de la République du Burundi et Président en exercice de l’Union africaine, les représentants de la coalition citoyenne C64 ont réaffirmé une position jugée non négociable. Ils ont clairement indiqué que le mouvement n’envisageait ni l’arrêt des mobilisations populaires, ni l’ouverture d’un dialogue direct avec le Président Félix Tshisekedi, tant que deux conditions préalables ne seraient pas remplies.
La première exigence porte sur une déclaration publique, claire et sans ambiguïté, par laquelle le Chef de l’État congolais annoncerait l’abandon définitif de son projet de modification de la Constitution. La C64 qualifie ce projet de "suicidaire" pour la démocratie congolaise et pour la stabilité des institutions. Pour la coalition, poursuivre une telle démarche reviendrait à fragiliser davantage le pacte républicain déjà mis à rude épreuve par des années de crises politiques et sécuritaires.
La seconde condition concerne l’engagement immédiat de mesures concrètes de décrispation politique. La C64 attend des actes visibles : libération des prisonniers politiques, levée des restrictions sur les manifestations, réouverture de l’espace médiatique et garantie d’un fonctionnement apaisé des partis d’opposition. Sans ces gestes, toute discussion serait, selon ses membres, une manœuvre visant à gagner du temps plutôt qu’à résoudre la crise.
Cette mise au point a été adressée directement à Évariste Ndayishimiye, en sa double qualité de Président du Burundi et de Président en exercice de l’UA. La C64 a choisi de saisir le dirigeant burundais au moment où l’Union africaine tente de relancer une médiation régionale sur la situation en République démocratique du Congo. Pour la coalition, il était essentiel que le garant continental de la paix comprenne que la rue ne reculera pas sans signaux forts de Kinshasa.
Depuis plusieurs semaines, la C64 multiplie les actions de mobilisation dans différentes villes du pays. Elle dénonce une dérive autoritaire et l’instrumentalisation des institutions pour des intérêts partisans. Le projet de changement constitutionnel est au cœur de ses critiques. Ses porte-parole estiment qu’une révision à ce stade du mandat présidentiel ouvrirait la voie à une concentration excessive des pouvoirs et à une remise en cause des acquis démocratiques de 2006.
Dans l’argumentaire présenté à la délégation burundaise, la C64 souligne que dialoguer dans le contexte actuel reviendrait à légitimer un processus qu’elle considère comme illégitime. Le mouvement estime qu’un dialogue organisé pendant que le projet de révision est toujours sur la table serait perçu comme un chantage institutionnel.
"Nous ne pouvons pas discuter des règles du jeu pendant que l’arbitre change les règles en plein match", a résumé un des cadres de la coalition. Pour la C64, la sincérité d’un processus politique se mesure d’abord à la capacité du pouvoir en place à retirer les sujets de discorde majeurs avant toute discussion.
L’insistance sur une déclaration publique vise à lever toute équivoque. Un simple communiqué interne ou une annonce à demi-mot ne suffirait pas. La coalition demande que le Président Tshisekedi s’adresse à la Nation, devant les institutions et l’opinion, pour enterrer formellement le projet.
En s’adressant à Évariste Ndayishimiye, la C64 cherche aussi à responsabiliser l’UA. Elle l’appelle à ne pas cautionner un dialogue inclusif de façade. Pour la coalition, la médiation africaine doit d’abord s’appuyer sur des principes : respect de la Constitution, alternance, libertés fondamentales.
La C64 rappelle que plusieurs pays de la région ont déjà connu les effets dévastateurs des révisions constitutionnelles opportunistes. Elle met en garde contre un précédent qui pourrait avoir des répercussions au-delà des frontières congolaises.
En maintenant les actions de rue, la C64 envoie un signal de fermeté à la base militante et à la communauté internationale. Le mouvement veut montrer qu’il ne bradera pas ses revendications contre une simple invitation au dialogue.
Du côté du pouvoir, aucune réponse officielle n’a encore été apportée aux deux conditions posées. Des sources proches de la Présidence indiquent que l’idée d’un retrait pur et simple du projet de révision ne fait pas consensus au sein de la majorité.
Entretemps, la pression de la rue continue. La C64 prévient qu’elle intensifiera ses actions si aucun geste d’apaisement n’est posé dans les prochains jours. Elle dit rester ouverte à une discussion, mais seulement après la levée des préalables.
Yves Sayo