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Kyabula éjecté de son propre parti : L’ARDEV sacrifie son fondateur pour survivre dans l’Union sacrée
By GéantRadio
Published on 09/07/2026 08:00
POLITIQUE

Coup de tonnerre au sein d’un des partis satellites de la majorité. Le ministère de l’Intérieur, Sécurité, Décentralisation et Affaires Coutumières a officiellement reconnu John Ngandu Kaswamanga comme président et représentant légal de l’Alliance pour la Rupture et le Développement, ARDEV.

Dans une correspondance datée du 6 juillet 2026, dont une copie a été obtenue par notre rédaction, le VPM de l’Intérieur accuse réception de la notification du Comité national provisoire. Il prend acte des "changements intervenus à la tête de la formation politique" et considère désormais M. Kaswamanga comme l’interlocuteur officiel de l’ARDEV devant l’administration.

Cette décision administrative entérine ce que les cadres de l’ARDEV appellent un "désaveu" de Jacques Kyabula Katwe. Ancien gouverneur du Haut-Katanga et figure visible du parti depuis sa création, M. Kyabula est écarté par une frange du bureau politique qui lui reproche une "gestion solitaire" et un "éloignement des bases".

Selon le communiqué du Comité national provisoire, l’initiative visait à "remettre le parti sur les rails de ses valeurs fondatrices : la rupture avec les pratiques du passé et le développement par la mobilisation populaire". 

Le comité, désormais dirigé par John Ngandu Kaswamanga, se présente comme une équipe de transition. Sa mission : assurer l’intérim et préparer l’organisation d’un congrès souverain dans les prochains mois, censé doter l’ARDEV d’une nouvelle direction élue et d’un projet politique clarifié.

Dans la foulée de cette reconnaissance, le parti a tenu à rassurer ses alliés. L’ARDEV "réaffirme solennellement son appartenance à l’Union sacrée de la Nation et son soutien indéfectible à la vision du Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo".

Un message politique clair, à l’heure où la majorité présidentielle procède à un réaménagement de ses troupes en vue des échéances à venir. Pour les proches de M. Kaswamanga, cette clarification était indispensable. "Il fallait éviter que l’ARDEV soit instrumentalisée ou apparaisse comme une coquille vide", confie un cadre du parti.

Les militants sont appelés au calme, à la discipline et à la mobilisation autour du comité provisoire. Des réunions de redynamisation sont déjà annoncées dans les fédérations provinciales, à commencer par le Haut-Katanga et Kinshasa.

La reconnaissance de John Ngandu Kaswamanga ne fait pourtant pas l’unanimité, même au sein de l’Union sacrée. 

Du côté des partisans de Jacques Kyabula Katwe, on dénonce une "manœuvre d’exclusion" montée de toutes pièces. "On ne désavoue pas un président fondateur par une simple lettre au ministère. Où est la démocratie interne ? Où est le congrès ?", s’indigne un proche de l’ancien gouverneur. Pour eux, seul un congrès peut trancher, et non un comité auto-proclamé.

D’autres observateurs y voient le symptôme d’une maladie plus profonde des partis congolais : l’absence de textes respectés et la dépendance aux arbitrages administratifs. "Dès qu’il y a crise, on court au ministère de l’Intérieur pour faire entériner le plus fort. Ce n’est pas comme cela qu’on construit des partis démocratiques", analyse un politologue kinois.

Au sein même de l’ARDEV, certains cadres s’interrogent sur le profil de John Ngandu Kaswamanga. Technocrate discret, peu connu du grand public il y a encore un an, peut-il incarner la rupture promise et tenir tête aux gros calibres politiques de la province ? Ses défenseurs rétorquent qu’il a justement l’avantage de n’avoir "aucun passif" et de pouvoir rassembler.

Avec cet accusé de réception du ministère, l’ARDEV entre dans une nouvelle phase. La balle est désormais dans le camp du comité provisoire de John Ngandu Kaswamanga : réussir à organiser rapidement un congrès crédible, apaiser les tensions et prouver que le parti pèse encore sur l’échiquier de l’Union sacrée.

Pour Jacques Kyabula Katwe, deux options se présentent : contester la décision devant les instances du parti et, le cas échéant, devant la justice, ou acter son départ et rebondir politiquement. Pour l’instant, l’ancien gouverneur n’a pas réagi publiquement.

Une chose est sûre : cette recomposition au sein de l’ARDEV illustre les recompositions en cours dans la majorité. À l’approche des grands rendez-vous politiques, la loyauté et le contrôle des structures partisanes deviennent des enjeux de premier plan.

L’ARDEV, créée sur la promesse de la rupture, devra démontrer qu’elle peut elle-même opérer sa propre rupture sans imploser.

Lambert Mwamba 

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