Les consultations politiques initiées par le président burundais Évariste Ndayishimiye se sont officiellement clôturées cette semaine. Pendant quelques jours, des représentants de partis politiques, de la société civile, des confessions religieuses et d’autres forces vives du pays se sont retrouvés pour évaluer la situation politique et proposer des pistes de sortie de crise.
Selon les témoignages recueillis auprès de plusieurs participants, un accord de principe se dégage de ces échanges. L’idée centrale retenue serait l’organisation d’un dialogue national inclusif. L’objectif affiché est clair : réunir l’ensemble des acteurs autour d’une même table afin de rechercher une issue durable à la crise politique que traverse le pays depuis plusieurs années.
Les sources présentes aux travaux indiquent que la majorité des intervenants ont reconnu la nécessité d’élargir le cadre de concertation au-delà du cercle restreint des consultations présidentielles. Le dialogue national inclusif est présenté comme le mécanisme le plus à même de traiter les questions de gouvernance, de libertés publiques et de réconciliation.
Toutefois, à ce stade, aucun calendrier précis n’a été annoncé. Les modalités pratiques restent à définir : qui participera, sous quelle médiation, avec quel agenda et quelles garanties. C’est sur ces points que les prochains jours seront décisifs. Les communiqués attendus de la Présidence et des principaux partis d’opposition donneront une première indication sur la traduction concrète de ce consensus.
Alors que les consultations se terminent sur une note d’ouverture, le Collectif C64 campe sur ses positions. Dans un message diffusé à l’issue des travaux, le collectif réaffirme son appel à une marche nationale prévue le 22 juillet.
Pour ses responsables, les revendications qui motivent la mobilisation demeurent entières. Ils estiment que les consultations, telles qu’elles ont été conduites, n’ont pas permis de répondre aux attentes exprimées par une partie de la population. Le C64 met en avant des questions liées à l’espace démocratique, à la justice et aux conditions socio-économiques.
Le maintien de la marche, malgré l’annonce d’un possible dialogue, illustre la méfiance qui persiste entre certaines organisations de la société civile et le pouvoir. Le collectif précise qu’il reste ouvert à la discussion, mais conditionne sa participation à un cadre jugé crédible et transparent.
Cette double dynamique résume l’état actuel du paysage politique burundais. D’un côté, l’initiative présidentielle obtient un premier acquiescement sur le principe d’un dialogue élargi. De l’autre, la contestation dans la rue reste une option assumée par des acteurs qui veulent peser directement sur l’agenda.
Plusieurs observateurs notent que le succès de l’initiative dépendra de la capacité des autorités à transformer le consensus de principe en actes concrets. Les points d’attention sont nombreux : l’inclusivité réelle du futur dialogue, la place accordée à l’opposition et à la société civile indépendante, ainsi que les garanties données pour un débat libre.
Du côté du gouvernement, la communication des prochains jours sera scrutée de près. Une feuille de route claire, avec des délais et des facilitateurs identifiés, pourrait contribuer à désamorcer les tensions.
La date de la marche nationale convoquée par le C64 constitue désormais un premier test. Elle permettra de mesurer le niveau de mobilisation sur le terrain et la réponse des autorités.
Dans le même temps, les prises de parole attendues des différents acteurs politiques vont donner le ton. Si le dialogue national inclusif entre dans une phase de préparation officielle, avec des signaux forts d’ouverture, la pression de la rue pourrait diminuer. À l’inverse, un flou prolongé risque d’alimenter la défiance et de durcir les positions.
Le Burundi entre donc dans une phase d’observation. Le consensus obtenu lors des consultations crée une fenêtre d’opportunité. Sa transformation en processus crédible dépendra désormais de la volonté de toutes les parties à faire des concessions et à privilégier la recherche d’une solution politique négociée.
Yves Sayo