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Dialogue national : Budimbu écarte la CENCO et l’ECC, "trop politiques pour être impartiales"
By GéantRadio
Published on 07/07/2026 15:08
POLITIQUE

À l’heure où la question d’un dialogue national revient avec insistance dans le débat public, le ministre des Sports et Loisirs, Didier Budimbu, a exprimé des réserves fortes sur le rôle que pourraient jouer la Conférence Épiscopale Nationale du Congo, CENCO, et l’Église du Christ au Congo, ECC, comme initiateurs du processus.

Pour le membre du gouvernement, le contexte actuel ne permet pas de confier la conduite d’une telle initiative aux deux plateformes ecclésiastiques. Il fonde son appréciation sur trois éléments qu’il juge incompatibles avec l’exigence de neutralité attendue d’un facilitateur.

Première raison avancée par Didier Budimbu : l’entrée des évêques catholiques et des responsables protestants dans le champ du débat politique. Selon lui, les prises de position publiques répétées de la CENCO et de l’ECC sur des sujets de gouvernance, de sécurité et de calendrier institutionnel les éloignent du rôle d’arbitre. 

« Un facilitateur de dialogue national doit pouvoir parler à toutes les parties sans être lui-même partie prenante des controverses », a-t-il fait valoir. Pour le ministre, la crédibilité d’un médiateur repose sur sa capacité à ne pas être perçu comme aligné avec un camp.

Le deuxième argument concerne les ressources mobilisées par les deux Églises pour certaines de leurs missions. Didier Budimbu rappelle que les responsables de la CENCO et de l’ECC ont eux-mêmes reconnu bénéficier d’appuis financiers extérieurs pour des actions d’observation, de plaidoyer et de sensibilisation.

Cette dépendance, estime-t-il, peut nourrir des suspicions. Dans un processus aussi sensible que le dialogue national, l’origine des fonds devient un sujet politique. Le ministre considère que cette situation fragilise la posture des Églises et ouvre la porte à des interprétations sur d’éventuelles influences.

Le troisième point soulevé est le plus délicat. Didier Budimbu évoque une supposée proximité entre certains acteurs religieux et des personnalités liées à l’AFC/M23. Sans citer de noms, il affirme que des rencontres et des échanges rapportés dans l’espace public entretiennent un doute sur la capacité des Églises à garantir une médiation équilibrée.

Pour le ministre, cette perception, qu’elle soit fondée ou non, suffit à poser problème. « Dans un pays en crise, l’apparence d’impartialité compte autant que l’impartialité elle-même », souligne-t-il. Il estime donc que confier l’initiative du dialogue à la CENCO et à l’ECC risquerait de discréditer le processus dès son lancement.

Le débat sur le format du dialogue traverse la classe politique depuis plusieurs mois. Face à la persistance de l’insécurité dans l’Est et aux tensions institutionnelles, plusieurs voix réclament un cadre de concertation élargi. La CENCO et l’ECC s’étaient déjà proposées en 2016 pour faciliter les discussions ayant abouti à l’Accord de la Saint-Sylvestre.

Cette antériorité est justement rappelée par les partisans d’un rôle des Églises. Mais pour Didier Budimbu, le contexte de 2026 n’est pas celui de 2016. La guerre à l’Est, la présence de l’AFC/M23 et la polarisation du débat public rendent, selon lui, la tâche plus complexe et exigent des garde-fous plus stricts.

En remettant en cause la légitimité des deux confessions, le ministre ouvre implicitement la voie à d’autres options. Plusieurs pistes circulent : un facilitateur désigné par l’Union Africaine, un collège de personnalités nationales, ou encore un cadre piloté directement par les institutions de la République.

Didier Budimbu n’a pas détaillé de modèle précis. Il s’est contenté d’insister sur la nécessité d’un processus « inclusif, souverain et au-dessus de tout soupçon ». L’objectif, dit-il, est de préserver la confiance des Congolais et d’éviter que le dialogue ne soit rejeté avant même d’avoir commencé.

Les déclarations du ministre des Sports et Loisirs devraient susciter des réactions dans les milieux ecclésiastiques et politiques. La CENCO et l’ECC ont jusqu’ici défendu leur rôle en mettant en avant leur ancrage dans la société et leur expérience de médiation. Elles considèrent souvent que leur indépendance vis-à-vis du pouvoir leur donne une légitimité particulière.

Du côté de l’opposition et de la société civile, certains estiment au contraire qu’aucun acteur ne peut prétendre à une neutralité absolue et qu’il faut privilégier la transparence des règles du jeu plutôt que l’identité du facilitateur.

Au-delà des personnes, c’est la crédibilité du futur dialogue qui est en jeu. Dans un climat marqué par la méfiance, chaque détail compte : le choix du lieu, la composition du présidium, le financement et la communication. 

Yves Sayo 

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