La diplomatie religieuse congolaise était ce jeudi au Palais du Plateau. Une délégation de la Conférence Épiscopale Nationale du Congo, CENCO, conduite par le Cardinal Fridolin Ambongo Besungu, archevêque de Kinshasa, et par Mgr Donatien Nshole, secrétaire général de la CENCO, a été reçue par le Président de la République du Congo, Denis Sassou-Nguesso.
La rencontre s’est tenue à la résidence présidentielle de Brazzaville. Elle intervient dans un contexte marqué par des défis sécuritaires persistants et des attentes fortes autour de la stabilité en République démocratique du Congo.
D’après Mgr Donatien Nshole, la situation sociopolitique en RDC et la recherche de la paix ont constitué le cœur des échanges. Les deux prélats sont venus partager avec le chef de l’État congolais une lecture de terrain, issue du travail pastoral mené par l’Église catholique dans l’ensemble des diocèses du pays.
Pour la CENCO, il ne s’agit pas d’un coup de communication. L’Église suit au quotidien les effets de la crise sur les populations : déplacements, précarité, fermeture d’écoles, et tensions communautaires. Ce rapport direct avec les communautés fait de ses responsables des témoins privilégiés des réalités vécues par les Congolais.
Depuis plusieurs années, la CENCO s’implique dans la médiation, la sensibilisation et la promotion du dialogue national. Elle porte une parole qui cherche à rassembler au-delà des clivages politiques.
En recevant cette délégation, le Président Denis Sassou-Nguesso a réaffirmé l’importance du rôle des institutions religieuses dans la consolidation de la paix. Le Congo-Brazzaville et la RDC partagent une frontière et une histoire commune. La stabilité de l’un a donc un impact direct sur l’autre. C’est dans cette logique de bon voisinage et de solidarité régionale que s’inscrit cette audience.
Le Cardinal Ambongo et Mgr Nshole ont fait part de leur préoccupation face à la persistance des violences armées dans les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri. Ils ont insisté sur l’urgence humanitaire et sur la nécessité de protéger les civils. L’Église, à travers ses structures paroissiales et caritatives, reste l’un des premiers acteurs d’assistance aux déplacés internes.
La CENCO a rappelé l’importance d’un cadre de concertation inclusif. Pour les évêques, la paix durable passe par la confiance entre les institutions, les partis politiques et la société civile. Ils ont plaidé pour des gestes d’apaisement et pour le respect des règles démocratiques.
Le Président Sassou-Nguesso, qui dispose d’une longue expérience en matière de médiation en Afrique centrale, a écouté les propositions de l’Église. Les deux parties ont convenu de la nécessité de renforcer la coordination entre les pays de la région pour soutenir les efforts de pacification en RDC.
Cette visite à Brazzaville ne constitue pas un acte isolé. Depuis le début de l’année, la CENCO multiplie les rencontres avec les autorités nationales et régionales. L’objectif est de maintenir ouvert un canal de dialogue et de proposer des pistes concrètes pour sortir de la crise.
À l’issue de l’audience, aucun communiqué officiel détaillé n’a été rendu public. Mais les participants ont souligné le ton franc et constructif des échanges. Pour Mgr Nshole, le message est clair : la paix en RDC est possible, à condition de placer l’intérêt supérieur de la nation et le bien-être des populations au centre des décisions.
Du côté de la présidence congolaise, on indique que les éléments évoqués lors de cette rencontre seront pris en compte dans les consultations régionales en cours.
En tant qu’acteur moral, l’Église catholique entend poursuivre son travail de proximité. Sensibilisation dans les paroisses, plaidoyer auprès des décideurs, accompagnement des victimes : la CENCO réaffirme son engagement à rester aux côtés des Congolais.
Cette rencontre avec le Président Sassou-Nguesso montre aussi que la recherche de la paix en RDC ne peut se faire sans l’implication des pays voisins. Elle confirme la place de Brazzaville comme une voix écoutée dans les efforts de stabilisation de la sous-région.
Dans un contexte où les attentes sont fortes, cette initiative de la CENCO rappelle qu’au-delà des postures politiques, le chemin de la paix passe d’abord par l’écoute, le dialogue et la responsabilité collective.
Yves Sayo