Une initiative citoyenne vient de franchir un cap symbolique. Une pétition nationale a été officiellement lancée pour réclamer une reconnaissance de la Nation en faveur de Félix Wazekwa. L’objet : saluer l’auteur du titre "FIMBU", devenu en moins d’une décennie l’hymne officieux des célébrations des Léopards de la RDC.
À l’origine de cette démarche, Me Gisèle Ngungua Sangua, avocate respectée du Grand Katanga. Dans un message publié récemment, elle ne mâche pas ses mots : « En tout cas, on devrait décorer Félix Wazekwa pour son FIMBU qui est devenu l’hymne des Léopards. Je sollicite du Président de la République la décoration de l’artiste. Je lance une collecte de signatures pour soutenir cette démarche ». 
Pour Me Ngungua, l’enjeu dépasse la simple récompense d’un artiste. Il s’agit de reconnaître une œuvre qui a quitté les studios d’enregistrement pour entrer dans la mémoire collective.
Sorti en 2015, "FIMBU" s’est d’abord imposé par son rythme ndombolo et sa chorégraphie virale. Mais le titre a connu une seconde vie en 2017, lors de la CAN au Gabon. Chaque but des Léopards déclenchait la même scène : joueurs, supporters, téléspectateurs, tous exécutaient le pas "Fimbu". Le mot, qui signifie "fouet" en lingala, s’est transformé en cri de guerre. Il incarne la revanche, la résilience et la joie d’un peuple.
Depuis, le phénomène ne faiblit pas. Coupe d’Afrique, éliminatoires, matches amicaux : "FIMBU" accompagne systématiquement les exploits de la sélection nationale. Le 52 ans après la première participation de la RDC au Mondial en 1974, le premier but congolais en Coupe du monde, inscrit par Yoane Wissa, a été célébré sur ce même air. Les images ont fait le tour du monde. Des internationaux congolais évoluant en Premier League, Liga ou Bundesliga ont repris la danse, amplifiant la portée internationale de l’œuvre.
Pour l’initiatrice de la pétition, "FIMBU" n’est plus une simple chanson. C’est devenu un marqueur d’identité nationale. « Cette œuvre a dépassé le cadre musical pour devenir un symbole fédérateur de la nation congolaise », explique Me Gisèle Ngungua.
Dans les stades de Kinshasa, Lubumbashi, Kolwezi, Goma ou Mbuji-Mayi, le refrain rassemble sans distinction d’âge, de langue ou d’origine. Sur les réseaux sociaux, la danse "Fimbu" sert de langage commun aux Congolais de la diaspora. L’œuvre joue un rôle social : elle crée du lien dans un contexte où la cohésion nationale reste un défi majeur.
Les signataires de la pétition insistent sur ce point. Reconnaître Félix Wazekwa, c’est reconnaître que la culture produit des repères collectifs aussi puissants que le sport ou la politique. "FIMBU" est perçu comme un outil d’unité. Un outil gratuit, accessible, et qui fait rayonner la culture congolaise bien au-delà des frontières.
La pétition adressée au Président de la République demande une décoration officielle. L’ordre national "Héros Nationaux Kabila-Lumumba" est cité comme référence par plusieurs signataires. D’autres proposent l’inscription de "FIMBU" au registre des œuvres d’intérêt culturel majeur, ou un hommage lors des réceptions officielles après les victoires des Léopards.
L’argumentaire est simple : Félix Wazekwa, alias "Monsieur de Bon Alibi", a offert au pays un hymne populaire sans l’avoir planifié. L’artiste, figure majeure de la rumba congolaise moderne avec plus de 25 ans de carrière, a touché une corde sensible. Il a donné aux Congolais un réflexe de célébration qui appartient désormais à tous.
Pour Me Ngungua Sangua, la réponse est urgente. « Une nation qui honore ses bâtisseurs d’espoir se donne les moyens de rester debout », martèle-t-elle. La pétition se veut apolitique. Elle ne vise pas un parti, mais un symbole. Et ce symbole, aujourd’hui, porte le nom de "FIMBU".
La consécration de la danse et de la chanson entre donc dans une nouvelle dimension. D’une création artistique, elle devient une revendication citoyenne. Les signataires l’affirment : "FIMBU" est bien plus qu’une chanson. C’est un symbole d’unité, de fierté nationale et d’espoir pour tout un peuple. Reste à savoir si les institutions entendront cet appel.
Lambert Mwamba