L’audience du jeudi 30 juillet 2026 au tribunal militaire de garnison de Kinshasa-Ngaliema a été marquée par une forte charge émotionnelle. Poursuivie pour « incitation des militaires à commettre des actes contraires à la loi et à la discipline des Forces Armées de la République Démocratique du Congo », la chanteuse Déborah Mulanga, connue du grand public sous le nom de scène Rebo Tchulo, n’a pas pu retenir ses larmes en prenant la parole.
L’affaire, suivie de près par l’opinion publique et le milieu artistique congolais, est entrée dans une nouvelle phase avec la clôture de l’instruction.
Dès l’ouverture de l’audience, la salle d’audience du tribunal militaire de Ngaliema affichait complet. Avocats, proches de l’artiste, journalistes et curieux étaient venus assister aux derniers échanges avant la mise en délibéré.
Rebo Tchulo, vêtue sobrement et accompagnée de son conseil, Me Jean-Marie Kabengela, a comparu pour répondre des faits qui lui sont reprochés. Le ministère public l’accuse d’avoir, par ses propos et ses démarches, incité des éléments des FARDC à poser des actes contraires aux règlements militaires.
Visiblement éprouvée, l’interprète de _Olingi Nini_ a fondu en larmes à plusieurs reprises durant son audition. Elle a réitéré sa version des faits et a nié toute implication dans les accusations portées contre elle.
Après avoir entendu la prévenue, ses avocats, ainsi que les autres parties au procès, le président du tribunal a annoncé la clôture des débats. La juridiction s’est déclarée « suffisamment éclairée » pour statuer.
Un élément central a retenu l’attention : l’examen du rapport d’expertise portant sur l’analyse des relevés téléphoniques de la chanteuse. Ce document, versé au dossier depuis plusieurs semaines, a été longuement commenté par la défense et l’accusation. Selon les éléments présentés à l’audience, cette expertise visait à établir la nature et les destinataires des communications passées de Rebo Tchulo au moment des faits.
Depuis le début du procès, Rebo Tchulo maintient sa ligne de défense : elle est innocente.
Me Jean-Marie Kabengela, son avocat, a plaidé avec fermeté pour la relaxe de sa cliente.
« Ma cliente n’est pas menteuse et n’a pas menti au tribunal », a-t-il déclaré devant la cour.
Le conseil a également souligné que Déborah Mulanga « n’a jamais sollicité une quelconque autorité pour faire intervenir des militaires des FARDC », insistant sur l’absence d’éléments matériels permettant d’établir une incitation directe.
Pour la défense, le dossier repose sur des interprétations et non sur des preuves concrètes. Me Kabengela a appelé le tribunal à faire preuve de discernement avant de rendre sa décision.
L’arrestation puis le renvoi de Rebo Tchulo devant le tribunal militaire avaient suscité de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux et dans la presse culturelle. Entre soutien inconditionnel de ses fans et appels au respect des institutions militaires, le débat a dépassé le cadre judiciaire pour toucher à la question de la responsabilité des personnalités publiques.
Plusieurs artistes et acteurs de la société civile ont suivi l’évolution du dossier, certains dénonçant une instrumentalisation, d’autres rappelant que nul n’est au-dessus de la loi.
À l’issue de cette audience, le tribunal a pris l’affaire en délibéré. Le verdict ne sera pas rendu immédiatement. Le greffe du tribunal militaire de garnison de Kinshasa-Ngaliema communiquera ultérieurement la date à laquelle la décision sera prononcée.
En attendant, Rebo Tchulo reste présumée innocente. Elle est repartie du tribunal entourée de ses proches, sans faire de déclaration à la presse.
Ce dossier met une nouvelle fois en lumière les rapports parfois complexes entre les artistes, les réseaux sociaux et les institutions de défense et de sécurité en RDC. La décision du tribunal sera scrutée de près, tant par le monde judiciaire que par la scène musicale congolaise.
Yves Sayo