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Werrason, Innoss’B, Michel Bakenda, Moïse Mbiye… BOMOKO a réuni la RDC pour briser le silence
By GéantRadio
Published on 04/08/2026 11:00
CULTURE

La Place de l’Échangeur, à Limete, a changé de visage le temps d’une journée. D’habitude traversée par le bruit des taxis, des bus et des vendeurs ambulants, elle s’est transformée en un espace de recueillement, de chants et de fraternité. À l’occasion de la Journée nationale de commémoration du Génocost, des milliers de Congolais se sont donné rendez-vous pour BOMOKO, un événement à la croisée de l’art, de la mémoire et de l’engagement citoyen.

Le mot BOMOKO, qui évoque l’unité, a donné le ton. Loin d’un simple concert, la rencontre a voulu rappeler que face aux tragédies qui endeuillent l’Est de la République Démocratique du Congo depuis des décennies, la culture peut jouer un rôle central. Celui de nommer la douleur, de la partager, et de transformer le silence en voix collective.

Sur la grande scène dressée face à la foule, les figures majeures de la scène musicale congolaise se sont succédé. Moïse Mbiye, Werrason, Innoss’B, Michel Bakenda, Faveur Mukoko, Céline Banza, Christian Mukuna, Michaël Manya, Yekima, David Ize, Herman Amisi, NK Divine et bien d’autres ont répondu présent.

Chacun, avec son style et son public, a porté le même message. Pas de revendication partisane, pas de discours politique. Juste des chansons, des témoignages, des minutes de silence et des appels à la paix. Les performances ont alterné entre rythmes puissants et moments d’intimité. Entre deux titres, des artistes ont pris la parole pour citer des villes, des villages, des noms. Une manière de rappeler que derrière les statistiques du Génocost, il y a des vies, des familles, des histoires interrompues.

Le public a suivi. Des jeunes en t-shirts, des mères de famille, des étudiants, des anciens. Beaucoup brandissaient des bougies et des pancartes portant les mots "Paix à l’Est", "Ne nous oubliez pas", "BOMOKO". La place, d’ordinaire saturée, est devenue un lieu d’écoute.

Ce qui a marqué BOMOKO, c’est le choix du format. Plutôt que de céder à la colère ou au désespoir, les organisateurs ont misé sur la célébration. Célébrer la mémoire des disparus en chantant. Célébrer la résilience des communautés de l’Est en dansant. Célébrer la dignité d’un peuple qui refuse d’être réduit à ses blessures.

Dans ce contexte, l’art n’est pas un divertissement. Il devient un outil. Un outil pour documenter, pour transmettre, pour empêcher l’oubli. Les écrans géants diffusaient des images d’archives et des messages de rescapés. Des collectifs culturels de Goma, Bukavu et Beni, connectés en visioconférence, ont envoyé des messages de soutien. La scène de Limete faisait ainsi écho à d’autres voix, à des centaines de kilomètres.

Les organisateurs l’ont rappelé en ouverture : "Nous ne pouvons pas changer le passé, mais nous pouvons décider de la manière dont nous en parlons aujourd’hui". Et cette manière, c’était la musique, la poésie, la présence physique de milliers de personnes refusant l’indifférence.

BOMOKO s’inscrit dans un effort plus large. La Journée nationale de commémoration du Génocost vise à inscrire dans le calendrier du pays un moment dédié aux victimes des violences de masse dans l’Est. Elle cherche aussi à créer une culture de la mémoire, portée par les écoles, les médias, les églises et maintenant par les artistes.

À Limete, cet objectif a pris une forme concrète. Les réseaux sociaux se sont remplis de reprises, de captations et de témoignages pendant toute la journée. Des écoles ont organisé des débats en parallèle. Des associations ont distribué des livrets expliquant ce que recouvre le terme Génocost et pourquoi il est important de le nommer.

L’enjeu était de faire en sorte que la mémoire ne reste pas confinée aux discours officiels. Qu’elle circule, qu’elle soit portée par la culture populaire, par les voix que les jeunes écoutent déjà.

En fin de soirée, la place s’est vidée lentement. Les dernières notes de Werrason et d’Innoss’B résonnaient encore. Sur scène, tous les artistes sont remontés ensemble pour un final commun. Pas une compétition, pas un clash. Un chœur.

BOMOKO n’a pas prétendu résoudre les conflits de l’Est. Il n’a pas non plus effacé la douleur. Mais il a offert autre chose : un espace où la dignité a pris le dessus sur la fatalité, où la solidarité a remplacé le silence.

En transformant la Place de l’Échangeur en lieu de mémoire, les Congolais ont montré qu’il est possible de résister autrement. Par la culture. Par le rassemblement. Par la décision de se souvenir ensemble.

Et c’est peut-être là la force de BOMOKO : rappeler que même dans les moments les plus sombres, l’art peut devenir un cri d’espérance. Un cri qui dit que les disparus ne sont pas oubliés, que l’Est n’est pas seul, et que la paix reste un horizon à construire, note après note.

Yves Sayo 

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