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"C’est douloureux" : Werrason et Solina dédient "Croix-Rouge" aux victimes de l’Est, Bruxelles applaudit debout
By GéantRadio
Published on 09/07/2026 07:06
CULTURE

Le 4 juillet 2026, la salle Forest National à Bruxelles affichait complet. Fidèle à sa réputation, Werrason a transformé la scène bruxelloise en une véritable célébration de la rumba congolaise. Pendant plus de trois heures, le chanteur a enchaîné les classiques qui ont bercé plusieurs générations, du répertoire de Wenge Musica aux titres de son parcours solo. Le public, venu de Belgique, de France, des Pays-Bas et d’Allemagne, a repris en chœur chaque refrain, dans une ambiance à la fois festive et émotive.

Au milieu de ce spectacle, un moment a toutefois dépassé le cadre du divertissement pour prendre une dimension politique et humanitaire. Invitée surprise de la soirée, la chanteuse germano-congolaise Solina Marie Julie a rejoint Werrason sur scène. Ensemble, ils ont interprété "Croix-Rouge", titre phare extrait de l’album _Kibuisa Pimpa_, premier projet solo de Werrason paru en 2001.

Le choix de ce morceau n’avait rien d’anodin. Dès les premières notes, l’atmosphère dans la salle a changé. Les lumières se sont faites plus sobres, et le public a compris que l’artiste voulait adresser un message.

Avant d’entamer la chanson, Werrason a pris la parole. Micro en main, la voix posée, il a interpellé directement l’assistance et, au-delà, la communauté internationale.

« Je profite de l’occasion pour passer ce message à tout le monde, en particulier aux Occidentaux, parce qu’on en a marre de ce qui se passe chez nous, dans l’Est de notre pays. Mes frères et sœurs, cela fait très mal de voir tout le temps des tueries ainsi que toutes sortes de violences. C’est douloureux », a-t-il déclaré sous les applaudissements et les cris de soutien du public.

Solina, émue, a ensuite rejoint sa voix à celle de Werrason. Le duo a donné une nouvelle vie à "Croix-Rouge". Le texte, écrit il y a plus de 20 ans, a pris une résonance particulière en 2026, alors que les violences persistent dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.

Pour de nombreux spectateurs, ce passage du concert restera le temps fort de la soirée. Au-delà de la performance vocale, c’est le symbole qui a marqué : deux voix issues de la diaspora congolaise, réunies pour rappeler une urgence que l’actualité tend parfois à oublier.

Dans les travées du Forest National, la réaction a été immédiate. Plusieurs mélomanes ont salué l’initiative.

« L’artiste s’est mis dans la peau d’un ambassadeur de la paix. Cette chanson constitue un plaidoyer adressé à la communauté internationale. Le contexte était bien choisi au regard des tueries qui se poursuivent dans l’Est du pays », ont confié des fans à la sortie de la salle.

D’autres ont souligné la portée de remettre au goût du jour un titre comme "Croix-Rouge". Sorti à une époque où la RDC traversait déjà une période d’instabilité, le morceau retrouve aujourd’hui une actualité tragique. Le fait que Werrason l’ait choisi pour un concert européen, devant une diaspora nombreuse et une presse internationale présente, renforce son impact.

Solina Marie Julie, de son côté, a expliqué brièvement pourquoi elle avait accepté l’invitation. Pour elle, la musique doit aussi servir à porter la voix de ceux qui n’en ont pas. Sa présence aux côtés de Werrason a été perçue comme un pont entre deux générations d’artistes congolais vivant entre l’Afrique et l’Europe.

Le concert s’est ensuite poursuivi sur un rythme plus festif. Werrason a enchaîné avec des medleys dansants qui ont remis la salle en mouvement. Mais le message lancé quelques minutes plus tôt a continué de planer.

Pour les organisateurs, ce concert au Forest National confirme l’importance de Bruxelles comme capitale européenne de la musique congolaise. La salle, qui a déjà accueilli les plus grands noms de la rumba et du ndombolo, a une nouvelle fois joué son rôle de caisse de résonance.

Pour Werrason, il s’agissait aussi de rappeler que l’artiste a une responsabilité qui dépasse la scène. Dans un contexte où les appels à la paix se multiplient, utiliser une plateforme comme celle du Forest National pour parler de l’Est de la RDC donne une visibilité différente au sujet.

La soirée du 4 juillet restera donc dans les mémoires pour deux raisons. D’abord pour la qualité du spectacle et la nostalgie qu’il a suscitée. Ensuite pour ce moment suspendu, où la musique est devenue tribune.

En dédiant "Croix-Rouge" aux victimes des violences et en lançant un appel direct, Werrason et Solina ont rappelé qu’au cœur de la fête, la mémoire et l’engagement ont toute leur place.

Yves Sayo 

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