Dans le microcosme de la rumba congolaise, les prises de position des anciens pèsent souvent lourd. La dernière en date vient de l’analyste Lokwa. Invité sur un plateau télé, il a livré une analyse sans détour sur la trajectoire actuelle de Ferre Gola Le Padre et sur ce qui pourrait, selon lui, relancer sa dynamique.
Au cœur de son argumentaire : l’exemple d’Héritier Watanabe. Pour Lokwa, le chanteur de l’Atalaku Corner représente aujourd’hui « l’une des nouvelles grandes figures de la musique congolaise ». Et cette ascension ne serait pas le fruit du hasard.
L’analyste revient sur un choix stratégique qu’aurait fait Héritier Watanabe après son départ du Wenge Musica Maison Mère : maintenir de bonnes relations avec son ancien mentor, Werrason. « Le choix d’Héritier de ne pas brûler les ponts lui a permis de franchir un nouveau cap », estime-t-il. En restant respectueux de son aîné et en capitalisant sur l’héritage du Wenge, Héritier aurait réussi à s’imposer comme une valeur sûre, courtisée par le public et respectée par la vieille garde.
Pour Lokwa, cette posture explique en partie pourquoi Héritier occupe aujourd’hui une place que l’on associait auparavant à Ferre Gola. « C’est une position qui revenait autrefois au Padre », souligne-t-il, en référence aux années où Ferre était présenté comme l’un des héritiers directs du trône de la rumba après Werrason.
L’analyste pousse l’analyse plus loin en comparant Ferre Gola à Fally Ipupa. Selon lui, Fally aurait pris une longueur d’avance « pour de petits détails ». Sans citer de noms d’albums ou de concerts, il laisse entendre que la gestion de carrière, les alliances et la communication autour de l’image ont fait la différence.
C’est dans ce contexte qu’il interpelle directement Ferre Gola : « Il aurait tout à gagner en se rapprochant de Werrason », déclare-t-il. Pour l’analyste, le roi de la forêt reste une figure centrale dans le parcours musical du Padre. Se réconcilier ou, à minima, afficher publiquement un respect mutuel, pourrait selon lui débloquer de nouvelles opportunités : collaborations, co-signatures, et un retour en grâce auprès d’un public qui reste attaché à l’histoire du Wenge.
La thèse de Lokwa trouve un écho dans les propos tenus pendant la même émission par Lokua Kanza. L’artiste a été tout aussi clair : « Ferre Gola Le Padre devrait prendre exemple sur Héritier Wata et se rapprocher de Werrason pour avancer encore plus dans sa carrière ».
Lokua Kanza insiste sur la perception du public : « Aujourd’hui, beaucoup pensent que Fally Ipupa est devant Ferre Gola grâce à certains choix qu’il a faits. Héritier Wata a compris cela et il brille maintenant comme une nouvelle étoile de la musique congolaise ».
Pour le musicien, la place qu’occupe aujourd’hui Héritier « pouvait être celle de Ferre Gola ». Mais un rapprochement avec Werrason, qui « a joué un grand rôle dans son parcours musical », pourrait inverser la tendance. Pendant ce temps, note-t-il, « Héritier Wata continue de monter ».
Cette double sortie ne manquera pas de faire réagir les fans des trois artistes. Chez les Golois, certains rappelleront les succès récents du Padre, ses concerts à guichets fermés et son ambition internationale. Chez les Warriors, on verra une reconnaissance de la stature de Werrason. Et du côté des fans d’Héritier, on y lira la confirmation d’une trajectoire jugée exemplaire.
Au-delà des chapelles, la question posée est celle de la transmission et de l’unité dans la rumba congolaise. Dans une industrie où l’image, les réseaux et les alliances comptent autant que les notes, le conseil de Lokwa et Lokua Kanza pose un débat de fond : faut-il privilégier la confrontation ou la stratégie de rapprochement pour durer ?
Ferre Gola n’a pas encore réagi publiquement à ces déclarations. Mais dans un milieu où chaque mot est analysé, cette interpellation place le Padre au centre d’une conversation qui dépasse la simple rivalité artistique. Elle parle d’héritage, de choix de carrière et d’avenir.
Yves Sayo