Le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication, CSAC, a placé TikTok au cœur de ses préoccupations. L’institution de régulation des médias en République Démocratique du Congo confirme qu’elle examine sérieusement l’hypothèse d’une suspension de l’application dans le pays.
La raison invoquée est simple : selon le CSAC, les comportements de nombreux utilisateurs congolais ont franchi depuis plusieurs mois le seuil du tolérable.
Lors d’une réunion technique tenue la semaine dernière à Kinshasa, les membres du bureau du CSAC ont passé en revue des centaines de contenus signalés entre janvier et juillet 2026. Le rapport interne fait état d’une explosion de publications jugées contraires à l’ordre public, aux bonnes mœurs et à la cohésion sociale.
Parmi les dérives les plus citées figurent : la diffusion de challenges dangereux, la banalisation de la violence, la propagation de fausses informations liées à la sécurité dans l’Est du pays, la promotion de contenus à caractère sexuel impliquant des mineurs, ainsi que des discours de haine ciblant des communautés et des personnalités publiques.
Pour le président du CSAC, la plateforme est devenue un espace où la liberté d’expression se transforme trop souvent en anarchie numérique. L’objectif n’est pas de museler la jeunesse, explique-t-on au sein de l’institution, mais de rappeler que chaque réseau social doit respecter les lois de la République et les valeurs culturelles congolaises.
Arrivée massivement en RDC autour de 2021, TikTok compte aujourd’hui plusieurs millions d’utilisateurs actifs. L’application est particulièrement populaire auprès des 15-30 ans. Elle sert à la fois de canal de divertissement, de vitrine pour les créateurs, et de plus en plus de canal d’information.
C’est cette audience massive qui inquiète le régulateur. Contrairement aux médias traditionnels, les contenus échappent à toute grille de diffusion. Les algorithmes favorisent la viralité, parfois au détriment de la vérification. Résultat : une vidéo peut atteindre un million de vues en quelques heures avant même d’être modérée.
Le CSAC estime que les mesures de modération mises en place par TikTok au niveau mondial restent insuffisantes pour le contexte congolais. Les équipes de modération parlant lingala, swahili, tshiluba et kikongo sont quasi inexistantes, et les signalements locaux mettent trop de temps à être traités.
Le bannissement pur et simple n’est pas encore acté. Le CSAC privilégie d’abord la voie du dialogue. Une correspondance officielle a été adressée à la direction régionale de TikTok pour l’Afrique francophone. Trois exigences sont posées :
1. Mise en place d’un bureau de représentation en RDC avec une équipe de modération locale.
2. Retrait sous 24h de tout contenu signalé par les autorités comme illicite.
3. Campagnes de sensibilisation conjointes sur les risques numériques et le respect de la dignité humaine.
Si ces engagements ne sont pas pris d’ici 30 jours, le CSAC dit être prêt à saisir le gouvernement et l’ARPTC pour procéder à une restriction d’accès à l’application sur le territoire national. La mesure pourrait prendre la forme d’un blocage technique, comme cela a déjà été expérimenté dans d’autres pays africains.
Du côté des créateurs de contenu, l’inquiétude est réelle. Beaucoup tirent une partie de leurs revenus des lives, des partenariats de marques et du programme de monétisation de TikTok. Un bannissement mettrait en danger un écosystème naissant de micro-entrepreneurs digitaux.
Les organisations de défense de la liberté de la presse rappellent quant à elles que toute restriction doit être proportionnée et encadrée par la loi. Elles craignent un effet domino sur les autres réseaux sociaux.
Pour les parents et plusieurs associations éducatives, en revanche, l’annonce du CSAC est accueillie avec soulagement. Ils dénoncent depuis longtemps l’exposition des enfants à des contenus inappropriés et au harcèlement en ligne.
Yves Sayo