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43 000 hectares à Maluku dont Kingakati : redistribution ou confiscation déguisée ?
By GéantRadio
Published on 14/05/2026 14:08
POLITIQUE

L’État congolais a engagé la récupération de plus de 43 000 hectares dans la commune de Maluku, à l’est de Kinshasa. Cette opération foncière, l’une des plus importantes des dernières décennies, vise à structurer l’extension de la capitale et à freiner l’étalement urbain anarchique qui sature le centre-ville.

Parmi les parcelles concernées figure le domaine de Kingakati, longtemps associé à l’ancien président Joseph Kabila. L’intégration de ce site au périmètre du projet symbolise la volonté des autorités de mobiliser l’ensemble des réserves foncières stratégiques pour un aménagement public cohérent.

Le gouverneur de Kinshasa, Daniel Bumba, a présenté l’initiative comme bien plus qu’un chantier d’infrastructure. Selon lui, « l’extension de Kinshasa n’est pas un simple projet d’infrastructure. Elle répond aux défis des embouteillages, du désordre spatial et de l’emploi des jeunes. Elle incarne notre volonté de bâtir une capitale attractive, équilibrée et tournée vers l’avenir ».

L’ambition affichée est de créer une nouvelle polarité urbaine capable de désengorger le centre-ville, de répartir les activités économiques et de proposer un cadre de vie planifié. Le plan prévoit la création de zones distinctes : quartiers résidentiels modernes, pôles industriels pour attirer les investissements et relancer l’emploi local, ainsi que des espaces agricoles pour renforcer la sécurité alimentaire de la métropole.

La commune de Maluku, longtemps restée à la marge du développement urbain, devient ainsi le laboratoire de la nouvelle politique d’aménagement de Kinshasa. Le choix de cette zone répond à une double logique : disposer de vastes réserves foncières disponibles et anticiper la croissance démographique de la ville, qui compte déjà plus de 15 millions d’habitants.

Les autorités mettent en avant la collaboration avec les populations locales et les autorités coutumières comme condition de réussite. Le gouverneur Bumba a salué cette coopération et appelé les entreprises en charge des travaux au respect strict des délais et des normes : « La réussite de ce projet est une exigence collective et un devoir envers les générations futures ».

En lançant officiellement le projet, le chef de l’État a voulu marquer une rupture avec la gestion urbaine subie des années précédentes. La question de l’aménagement du territoire devient un axe central de l’action publique. À Maluku, Kinshasa ne se contente pas d’ajouter des kilomètres carrés : elle teste une méthode d’urbanisation anticipée, planifiée et encadrée.

Cette approche vise à éviter la reproduction des dysfonctionnements actuels : habitat spontané, manque d’accès aux services de base, congestion routière et absence de zones d’activité structurées. L’enjeu est de faire de Maluku un modèle d’extension maîtrisée, où l’habitat, l’industrie et l’agriculture coexistent selon un schéma d’aménagement intégré.

L’ampleur du site soulève des attentes élevées, mais aussi des défis concrets. La sécurisation du foncier, la transparence dans l’attribution des parcelles, le financement des infrastructures primaires et le relogement éventuel des occupants seront déterminants pour la crédibilité du projet.

Si les objectifs sont tenus, cette extension pourrait redéfinir l’équilibre territorial de Kinshasa pour les 30 prochaines années. Elle offrirait à la fois des logements abordables, des zones d’emploi décentralisées et un espace agricole périurbain capable de rapprocher la production alimentaire des consommateurs.

Au-delà des chiffres, le projet traduit une volonté de changer d’échelle dans la planification urbaine congolaise. Il s’agit de passer d’une logique de rattrapage à une logique d’anticipation, où la ville est pensée avant d’être subie.

Pour les habitants de Kinshasa, l’enjeu est simple : gagner en mobilité, en accès aux services et en opportunités économiques sans s’éloigner davantage des bassins d’emploi. Pour le pays, c’est l’occasion de montrer qu’une grande métropole africaine peut se développer selon un plan cohérent, en mobilisant son patrimoine foncier au service de l’intérêt général.

La réussite de cette opération dépendra désormais de la capacité de l’État à transformer l’annonce en réalisations visibles sur le terrain, et à maintenir le cap malgré les contraintes techniques, financières et sociales inhérentes à un chantier de cette envergure.

Yves Sayo 

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