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Africa CEO Forum : Kagame appelle l’Afrique à ignorer les puissances qui "exploitent les autres"
By GéantRadio
Published on 14/05/2026 12:47 • Updated 14/05/2026 12:59
POLITIQUE

En marge de l’ouverture de l’Africa CEO Forum à Kigali les 14 et 15 mai, Paul Kagame a pris la parole pour commenter publiquement les sanctions récemment adoptées par Washington contre l’armée rwandaise et plusieurs de ses cadres supérieurs. Le président rwandais a adopté un registre ferme, mêlant constance stratégique et appel à l’autonomie africaine face aux pressions extérieures.  

« Je n’ai jamais capitulé dans une situation pire que celle-ci », a-t-il déclaré devant la presse, posant d’emblée le cadre de sa réponse. Kagame ne conteste pas l’impact des mesures américaines. Au contraire, il en reconnaît l’effet voulu : « Ces mesures font mal. C’est précisément le but recherché. » Pour lui, l’enjeu dépasse l’inconfort immédiat. Il oppose au coût des sanctions un coût qu’il juge supérieur : celui de la renonciation. « Nous souffririons davantage si nous ne faisions pas ce que nous faisons actuellement », a-t-il insisté. « Il coûte davantage de dire oui à ce qui est mauvais. »

Cette posture s’inscrit dans une ligne défendue depuis longtemps par Kigali : la souveraineté des choix politiques et sécuritaires ne se négocie pas sous la contrainte, même lorsque la pression vient d’un partenaire historique. 

Au-delà du cas rwandais, Kagame a élargi son propos à l’ensemble du continent. Il a invité les États africains à résister à ce qu’il décrit comme une logique de domination persistante. « Ne faites pas attention à ces puissances qui pensent qu’elles possèdent le monde », a-t-il lancé. Le président a mis en garde contre les calculs à court terme des acteurs extérieurs, estimant que ceux-ci ne récolteront pas toujours les fruits d’une exploitation prolongée : « Un jour, ils ne vivront pas assez longtemps pour voir les bénéfices tirés de l’exploitation des autres ou des actes injustes. »

L’intervention vise à mobiliser un discours panafricain sur la maîtrise des ressources et des agendas sécuritaires, dans un moment où la concurrence géopolitique s’intensifie autour de l’Afrique centrale. 

Les déclarations interviennent après un durcissement visible de la position américaine. Le 2 mars, le département du Trésor américain a annoncé des sanctions ciblant l’ensemble de l’armée rwandaise, ainsi que quatre généraux dont le chef d’état-major. C’est la première fois que Washington sanctionne directement une institution militaire nationale dans son intégralité.

Quatre jours plus tard, le 6 mars, le département d’État a annoncé des restrictions de visas contre des responsables rwandais. L’administration américaine justifie ces mesures par l’accusation d’une implication rwandaise dans l’instabilité persistante dans l’est de la République démocratique du Congo et par un soutien présumé à la rébellion du M23.

Ces décisions touchent un élément central de la politique extérieure de Kigali. L’armée rwandaise est en effet un acteur engagé dans plusieurs opérations de maintien de la paix sous mandat onusien, et conduit des missions bilatérales, notamment au Mozambique, où elle participe à la stabilisation du nord du pays.  

Le timing des sanctions s’explique aussi par la compétition croissante pour l’accès aux minerais stratégiques de l’est congolais. Cobalt, coltan et lithium sont au cœur des chaînes d’approvisionnement des industries technologiques et énergétiques mondiales. Washington cherche à sécuriser ces approvisionnements en diversifiant ses partenariats et en limitant l’influence d’acteurs qu’elle juge déstabilisateurs dans la région.

Dans ce jeu, le Rwanda occupe une position ambivalente : partenaire sécuritaire de plusieurs pays occidentaux, mais aussi acteur dont le rôle dans l’est de la RDC est contesté sur la scène internationale.  

Face à cette conjonction de pressions diplomatiques, économiques et militaires, Kagame a choisi de placer le débat sur le terrain du temps long. « Toutes ces choses finissent par passer, d’une manière ou d’une autre », a-t-il conclu. Une formule qui résume une stratégie de résilience : absorber le choc, maintenir le cap, et miser sur l’érosion des cycles politiques extérieurs.

Cette réponse s’adresse autant à Washington qu’à l’opinion africaine et aux investisseurs présents à Kigali pour l’Africa CEO Forum. Elle vise à rassurer sur la continuité de la politique rwandaise, tout en repositionnant le pays comme défenseur d’une voix africaine moins dépendante des arbitrages extérieurs.

Pour les observateurs, le test portera désormais sur la capacité de Kigali à maintenir ses engagements internationaux en matière de sécurité et de développement, tout en absorbant l’impact financier et diplomatique des sanctions. Le forum de Kigali offre une tribune pour tester ce message auprès des dirigeants économiques du continent.

Biobe Mugheni 

 

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