Ads
Kolwezi : Propriétaires hier, SDF aujourd’hui – l’État enterre la dignité à Golf ISTM
By GéantRadio
Published on 14/05/2026 14:42
SOCIÉTÉ

L’esplanade de l’Assemblée provinciale du Lualaba a changé de visage. À la tombée de la nuit, des dizaines de matelas à même le sol, des couvertures usées et des silhouettes assises en cercle occupent l’espace devant l’hémicycle. Ce ne sont pas des manifestants venus scander des slogans. Ce sont des familles du quartier Golf ISTM, à Kolwezi, réunies pour une veillée funèbre pas comme les autres.

Elles disent y enterrer ce qui leur reste : leurs espoirs, leur dignité, et les titres de propriété qui faisaient d’elles des propriétaires il y a encore quelques mois. Aujourd’hui, ces mêmes personnes dorment dehors, chassées de leurs parcelles et de leurs maisons.

Le quartier Golf ISTM était, jusqu’à récemment, un secteur résidentiel stable de Kolwezi. Beaucoup de familles y avaient investi leurs économies, construit en dur, obtenu des documents administratifs attestant de leur droit d’occupation. Pour elles, c’était la preuve d’une ascension sociale lente mais réelle, gagnée à force de travail dans la ville minière.

Le basculement s’est fait brutalement. Selon les témoignages recueillis sur place, des opérations de déguerpissement ont été menées sans relogement, sans indemnisation, et sans solution de repli. Des maisons ont été démolies, des clôtures abattues, des biens laissés à l’air libre. Du jour au lendemain, des pères et mères de famille se sont retrouvés avec pour seul bagage ce qu’ils pouvaient porter à la main.

« Nous ne sommes pas des squatteurs. Nous avions des papiers. Aujourd’hui, on nous traite comme si nous n’avions jamais existé ici », confie une femme assise avec ses trois enfants, enveloppés dans une couverture à même le béton.

Faute de réponse administrative et d’interlocuteur disponible, les familles ont choisi une forme de protestation silencieuse mais symbolique : la veillée. Dans la culture locale, veiller un mort, c’est refuser l’oubli et exiger que la communauté reconnaisse la perte. Ici, le mort, c’est leur statut social, leur sécurité, leur place dans la ville.

Assis en cercle, les visages éclairés par la lumière des téléphones, ils prient, chantent à voix basse, et prennent la parole chacun à leur tour. Les récits se ressemblent : la construction maison par maison, les années de loyers payés pour devenir propriétaire, puis l’évacuation expéditive. L’ambiance est lourde, marquée par la fatigue et un sentiment d’abandon.

L’objectif n’est pas d’occuper l’espace indéfiniment. C’est d’obtenir une audience, un dialogue, et surtout une clarification sur leur situation juridique. « Si l’État a besoin du terrain, qu’il le dise clairement. Mais qu’il respecte la loi et les gens », explique un ancien du groupe, ancien agent d’une société minière aujourd’hui à la retraite.

Kolwezi connaît une pression foncière croissante depuis la reprise de l’activité minière. La ville attire main-d’œuvre, investisseurs et projets urbains. Dans ce contexte, les conflits liés à l’affectation des terres se multiplient, opposant souvent des habitants de longue date à des projets déclarés d’utilité publique ou à des opérateurs privés.

Le cas du quartier Golf ISTM illustre la fragilité du droit foncier pour les ménages qui ne disposent pas de réseaux pour faire valoir leurs droits. Sans accompagnement juridique, sans information préalable, et sans plan de réinstallation, les expulsions deviennent des ruptures sociales. Les enfants déscolarisés, les petits commerces détruits, les économies englouties dans la reconstruction d’abris précaires : la facture est immédiate.

Les organisations de la société civile locale suivent le dossier de près. Elles appellent à l’application des procédures prévues par la loi foncière et à la mise en place d’un mécanisme de médiation avant toute opération de déguerpissement. Pour elles, la stabilité urbaine passe par la prévisibilité des règles et le respect des procédures.

En choisissant l’esplanade de l’Assemblée provinciale, les familles s’adressent directement aux élus du Lualaba. L’institution représente pour elles le dernier recours institutionnel accessible. Elles demandent l’ouverture d’une commission d’enquête, la suspension des opérations tant que la situation des occupants n’est pas clarifiée, et l’ouverture de négociations pour un dédommagement ou un relogement.

Pour l’instant, la veille continue. La nuit, le froid de Kolwezi pèse sur les corps. Pendant la journée de ce 14 Mai 2026, le groupe se réduit, certains partent chercher de quoi manger, d’autres restent pour garder les quelques biens épargnés. Mais le noyau dur tient, déterminé à ne pas quitter les lieux sans avoir été entendu.

Ce mouvement pose une question simple : dans une ville en expansion, quelle place reste-t-il pour ceux qui y vivaient déjà ? La réponse ne se trouvera pas dans le silence, mais dans la capacité des autorités à transformer cette veillée en dialogue concret.

Etienne Kankwende/ Rédaction 

 

Comments
Comment sent successfully!

Chat Online