Dans une tribune intitulée la RDC face à son destin : l’impératif de vérité contre le règne du simulacre, Richard Muyej, ancien ministre de l’Intérieur sous Joseph Kabila et ex-gouverneur du Lualaba, livre une analyse sévère de la trajectoire politique actuelle de la République démocratique du Congo. Il alerte sur ce qu’il perçoit comme une instrumentalisation de l’Accord de Washington et appelle à un sursaut collectif fondé sur la transparence et l’intérêt national.
Selon Muyej, la RDC se trouve aujourd’hui à un point de bascule. La confusion entre gouvernance et stratégie de dissimulation fragilise les bases mêmes de l’État. Au lieu de privilégier la vérité comme levier d’émancipation et de progrès, le pouvoir en place, estime-t-il, mise sur une communication omniprésente qui étouffe le débat et entretient l’illusion.
Cette logique du mensonge, séduisante à court terme, produit des effets délétères : elle corrode l’éthique publique, affaiblit le système éducatif et sape la confiance entre l’État et les citoyens. Pire, lorsqu’elle est utilisée pour neutraliser les adversaires politiques et alimenter des logiques de toute-puissance, elle devient un facteur de division sociale aux conséquences durables.
L’ancien gouverneur revient sur la décision du Trésor américain de sanctionner Joseph Kabila, ancien président et sénateur à vie. Pour lui, la dramatisation médiatique qui a entouré cette mesure contraste avec la teneur des griefs avancés par Washington. L’écart entre le discours officiel congolais et les motivations de la décision américaine suggère, selon lui, l’existence d’un scénario préétabli, influencé par des opérations de lobbying ciblées.
Il pointe également le projet de loi déposé au Congrès américain par le représentant démocrate du Maryland, Johnny Olszewski, visant à étendre les sanctions à toute personne ou entité susceptible de fragiliser l’Accord de Washington. Muyej s’interroge : cette initiative traduit-elle un désaveu des États-Unis vis-à-vis des principes démocratiques qu’ils défendent, ou un ajustement stratégique ? Et surtout, pourquoi le pouvoir de Kinshasa s’appuie-t-il sur cet accord minier pour justifier une révision constitutionnelle ? S’agit-il d’une condition implicite du deal, ou d’une initiative unilatérale motivée par des calculs internes ?
Muyej critique la gestion des ressources naturelles promue par l’administration Trump, qu’il qualifie de prédatrice dans les zones fragiles. Cette approche, dit-il, encourage chez certains alliés des pratiques assimilables au gangstérisme politique. Il estime que Washington sous-estime un changement de fond : le peuple congolais et ses élites ne sont plus disposés à accepter des rapports de force unilatéraux.
L’époque où les décisions stratégiques se prenaient sans consultation nationale est révolue. La RDC refuse désormais d’être traitée comme un simple réservoir de matières premières au service d’intérêts extérieurs, d’autant plus lorsque la classe dirigeante locale semble déconnectée des aspirations de la population.
L’analyse décrit une crise systémique profonde. La contestation de la légitimité du régime, l’insécurité persistante et la prédation organisée des ressources créent un climat de méfiance généralisée. Entre décisions prises au gré des circonstances et corruption institutionnalisée, le tissu social se fissure sous l’effet de la tribalisation et de l’appauvrissement massif.
Muyej dénonce aussi l’affaiblissement programmé des forces de défense et de sécurité, la manipulation de la jeunesse et les atteintes répétées aux libertés fondamentales. Pour lui, ces éléments dessinent une stratégie claire : consolider le pouvoir par des moyens autoritaires. Il évoque le cas du Katanga, sa province d’origine, qu’il décrit comme érigée en martyre par un pouvoir qui aurait fait de l’oppression un mode de gouvernance.
L’auteur ne rejette pas le principe du partenariat international. Il rappelle que la RDC a déjà su relancer son secteur minier grâce à des capitaux extérieurs, notamment en sortant la Gécamines de son marasme. Mais il pose une condition : toute négociation doit se faire dans une transparence absolue.
L’opacité, selon lui, trahit la faiblesse d’un système à bout de souffle et constitue un danger mortel pour la souveraineté. Or, la révision des contrats miniers est une pratique déjà ancrée dans la gouvernance du secteur. L’enjeu est donc de relever le niveau d’exigence pour que les accords servent l’intérêt public, et non des logiques d’accaparement.
Fidèle à son engagement patriotique, Muyej choisit de placer la vérité au-dessus de la culture du mensonge. Il dénonce la stratégie de division du régime, qui chercherait à transformer une population éprouvée par la misère et l’insécurité en une masse passive.
Il voit toutefois dans la frustration ambiante les prémices d’un réveil collectif. Le pouvoir, dit-il, montre des signes d’essoufflement, multipliant les attaques contre des figures morales et religieuses pour fracturer l’unité nationale. Il appelle les leaders religieux à rester fidèles à leur mission de paix et à résister aux tentatives d’instrumentalisation.
Aux leaders de l’opposition, il adresse un message direct : les provinces en détresse attendent un élan de solidarité pour briser la dynamique de division et ouvrir la voie à un nouveau départ. Rassembler, mobiliser et préserver le destin commun ne relèvent plus d’un choix politique, mais d’un devoir moral.
Pour Richard Muyej, la RDC est face à un choix décisif. La voie du simulacre mène à l’érosion de l’État et à la perte de souveraineté. Seule une politique fondée sur la vérité, la transparence et l’unité nationale peut permettre au pays de reprendre la main sur son avenir. Dans ce contexte, l’Accord de Washington ne doit pas devenir un prétexte pour réécrire les règles du jeu démocratique à huis clos.
Rédaction