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Mushaki: « Sauvons la RDC » accuse l’armée de bombarder volontairement des civils au drone
By GéantRadio
Published on 14/05/2026 10:57
POLITIQUE

Le mouvement citoyen « Sauvons la RDC », piloté par l’ancien président Joseph Kabila, a rendu public un communiqué virulent le 12 mai. Le texte accuse les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) d’avoir mené le 8 mai une attaque par drone « délibérée » contre des civils à Mushaki, dans le territoire de Masisi au Nord-Kivu. Selon le mouvement, le bilan ferait état de plusieurs morts et blessés parmi la population locale.

Signé par onze personnalités de premier plan, le communiqué qualifie les frappes de « crimes de guerre et crimes contre l’humanité ». Parmi les signataires figurent deux anciens ministres influents: Raymond Tshibanda, ex-chef de la diplomatie congolaise, et Augustin Matata Ponyo Mapon, ancien Premier ministre. 

Le mouvement estime que l’usage de drones contre des zones habitées constitue une violation grave du droit international humanitaire. Il dénonce une logique de ciblage indiscriminé qui, selon lui, s’inscrit dans une stratégie visant à terroriser les populations civiles du Masisi, une région déjà marquée par des cycles de violence depuis plusieurs années.

Au cœur des revendications figure la demande d’ouverture immédiate d’une enquête internationale indépendante. « Sauvons la RDC » affirme qu’une procédure nationale ne garantirait ni l’impartialité ni la crédibilité nécessaires au vu de la gravité des faits allégués. 

Le mouvement appelle l’Organisation des Nations Unies, l’Union africaine et la Cour pénale internationale à se saisir du dossier. Il insiste sur la nécessité de préserver les éléments de preuve sur le terrain et d’auditionner les rescapés et témoins directs de l’attaque de Mushaki.

Le communiqué ne se limite pas à mettre en cause les FARDC. Il critique aussi la réaction des acteurs internationaux qui ont condamné l’incident. Les États-Unis et la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en RDC, la MONUSCO, ont publié des déclarations dénonçant l’attaque. 

Pour « Sauvons la RDC », ces prises de position restent insuffisantes. Le mouvement reproche aux deux entités de ne pas avoir nommé les responsables présumés et de passer sous silence d’autres frappes survenues le même jour. Il cite notamment les bombardements signalés à Ilundu et Gakenke, dans le territoire de Minembwe au Sud-Kivu. Selon le texte, l’absence de mention de ces incidents contribue à invisibiliser une partie des victimes et à fragmenter la lecture des événements.

Ces accusations interviennent dans un contexte de forte instabilité dans l’Est de la RDC. Le territoire de Masisi et celui de Minembwe sont régulièrement le théâtre d’affrontements impliquant groupes armés, forces régulières et milices communautaires. 

La prolifération des drones dans les opérations militaires a modifié la dynamique des combats depuis deux ans. Si les autorités congolaises présentent ces équipements comme un moyen de cibler précisément les positions des groupes armés, les organisations locales et mouvements citoyens dénoncent un usage qui expose davantage les civils vivant à proximité des zones de combat.

Le ton du communiqué marque une escalade dans la posture de « Sauvons la RDC ». En mobilisant des figures ayant occupé des postes ministériels de haut rang, le mouvement cherche à donner un poids politique et juridique à ses allégations. 

Sur le plan interne, l’affaire risque de raviver le débat sur la conduite des opérations militaires et le contrôle démocratique des forces armées. Sur le plan international, la demande d’enquête indépendante place les partenaires de la RDC devant un choix: soutenir une procédure externe et courir le risque de tensions diplomatiques, ou maintenir leur confiance dans les mécanismes nationaux avec le risque d’être accusés de complaisance.

Pour l’heure, les FARDC n’ont pas publié de réponse détaillée aux accusations portées par le mouvement. La population de Mushaki, elle, attend toujours des réponses sur les circonstances exactes de la frappe du 8 mai et sur l’assistance promise aux blessés et familles endeuillées.

Lambert Mwamba 

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