Ads
Fayulu accuse Tshisekedi de vouloir régner à vie et promet un 2028 sans lui, « alinga alinga te, ako kende »
By GéantRadio
Published on 08/05/2026 16:15
POLITIQUE

Face aux journalistes réunis à Kinshasa, le président de l’Engagement pour la Citoyenneté et le Développement (ECiDé), Martin Fayulu, a haussé le ton. Motif de cette sortie médiatique : alerter l’opinion sur ce qu’il qualifie de « dérive autoritaire » du régime en place.

« Chers amis de la presse, je vous ai invités pour dénoncer le coup d’État que Félix Tshisekedi est en train d’orchestrer à travers sa tentative de changement de la Constitution par référendum. Il prépare un véritable coup d’État constitutionnel », a-t-il lancé d’entrée de jeu.  

Pour l’opposant, la démarche présidentielle vise un objectif clair : lever le verrou constitutionnel qui limite à deux le nombre de mandats présidentiels. Il établit un parallèle direct avec la fin du règne de Joseph Kabila. 

« Nous allons barrer la route à un troisième mandat de Félix Tshisekedi comme nous l’avions fait avec Joseph Kabila », a-t-il martelé. « Car le peuple ne cesse de me répéter : “Commandant du peuple, en 2028, alinga alinga te, ako kende” », a poursuivi Fayulu, reprenant en lingala ce slogan populaire qui signifie « qu’il le veuille ou non, il partira ».

Selon lui, la mobilisation citoyenne qui avait fait échec au maintien de Kabila au pouvoir doit se reproduire. Il appelle les forces politiques, la société civile et les confessions religieuses à « défendre l’alternance » inscrite dans la Constitution du 18 février 2006.  

Martin Fayulu est allé plus loin en liant la situation sécuritaire à l’agenda politique. Il a ouvertement suggéré que le conflit armé qui déchire les provinces de l’Est pourrait être instrumentalisé pour justifier un report des élections générales prévues en 2028.

« On peut même se demander si la guerre que nous vivons à l’Est de notre pays n’est pas entretenue pour empêcher l’organisation des élections », a-t-il déclaré devant la presse. 

Interrogeant « les bénéficiaires réels de cette guerre », le leader de l’ECiDé dénonce ce qu’il perçoit comme une absence de volonté politique de mettre fin aux hostilités. Il rappelle que des millions de Congolais restent déplacés ou vivent sous occupation de groupes armés, pendant que le débat sur la réforme constitutionnelle prend de l’ampleur à Kinshasa.  

L’opposant a également interpellé les partenaires extérieurs de la RDC. Il estime que la Résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations Unies, censée encadrer la stabilisation de l’Est, est restée « largement lettre morte ». Il exhorte la communauté internationale à exiger son application effective et à se montrer vigilante sur le respect du calendrier électoral. 

Pour Martin Fayulu, les déclarations faites par Félix Tshisekedi lors de sa conférence de presse du 6 mai 2026 ont confirmé ses soupçons. « Elles dissipent tout doute sur ses intentions », affirme-t-il. D’après lui, le chef de l’État chercherait à « demeurer au pouvoir à tout prix », quitte à laisser le pays s’enfoncer davantage dans la crise sécuritaire plutôt que d’honorer ses engagements constitutionnels. 

Cette prise de parole intervient dans un contexte déjà marqué par les discussions autour d’une éventuelle révision de la Loi fondamentale. La majorité présidentielle justifie le projet par la nécessité d’adapter les institutions aux réalités actuelles. L’opposition y voit une manœuvre pour contourner la limitation des mandats.

À un peu plus de deux ans de l’échéance de 2028, la question de l’alternance s’impose comme la ligne de fracture majeure de la scène politique congolaise. Martin Fayulu promet une série d’actions de terrain pour « faire échec à ce projet ». 

Jusqu’ici, la présidence n’a pas réagi officiellement aux propos de l’opposant. Des cadres de l’Union Sacrée ont récemment rappelé que Félix Tshisekedi « n’a jamais exprimé l’intention de briguer un troisième mandat » et dénoncent une « polémique stérile ».

La société civile et les chancelleries occidentales suivent le dossier de près. Plusieurs organisations de défense des droits humains avaient déjà mis en garde contre toute modification des articles verrouillés de la Constitution, rappelant les violences qui avaient émaillé la crise de 2015-2018.

Yves Sayo 

Comments
Comment sent successfully!

Chat Online