La ministre belge de l’Asile et de la Migration, Anneleen Van Bossuyt, s’est rendue cette semaine à Kinshasa pour une mission qualifiée de « dissuasion ».
L’objectif affiché est de réduire le nombre de demandes d’asile introduites par des ressortissants congolais en Belgique, jugées en forte hausse.
Sur TOP CONGO FM, la ministre a livré un message sans ambiguïté : « Je suis venue ici dire que cela ne vaut pas la peine de venir en Belgique pour demander l’asile parce que le taux de reconnaissance est très bas. Il faut absolument éviter que les Congolais viennent pour rien, car la plupart des demandes leur sont refusées. »
Bruxelles s’inquiète de voir la République démocratique du Congo devenir le troisième pays d’origine des demandeurs d’asile sur son territoire. Pour les autorités belges, cette progression est difficile à expliquer puisque la majorité des requérants proviennent de Kinshasa et non des régions de l’Est en proie aux conflits armés.
Le gouvernement belge en tire la conclusion que « l’asile est trop souvent détourné à des fins économiques ». Ce constat s’appuie sur la baisse continue du taux de reconnaissance des dossiers congolais, tombé à 10,7 % au début de l’année 2026 selon les chiffres communiqués par la ministre.
Invitée de l’émission FACE À FACE, Anneleen Van Bossuyt a confirmé avoir évoqué le sujet avec le vice-Premier ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, et avec la Direction Générale de Migration. Les discussions ont porté sur la lutte contre les abus liés aux visas de court séjour et sur l’accélération des rapatriements des personnes déboutées.
La ministre a rappelé que ces visas ne doivent pas servir de porte d’entrée pour une demande d’asile. Elle a par ailleurs annoncé qu’« il va y avoir, dans le cadre de l’Union européenne, une vague d’expulsions dans les prochaines semaines », visant les ressortissants en situation irrégulière après rejet de leur dossier.
Anneleen Van Bossuyt a tenu à nuancer son propos en précisant que les voyageurs légitimes restent bienvenus. « Ceux qui veulent visiter la Belgique, en tant que touriste ou en voyage d’affaires, sont les bienvenus », a-t-elle assuré. Seule l’utilisation détournée des visas pour obtenir l’asile est visée par ces mesures.
La ministre a aussi lancé un avertissement contre les filières d’immigration. Elle exhorte les candidats au départ à ne pas « dépenser énormément d’argent dans des organisations qui facilitent ces pratiques », soulignant que ces réseaux encouragent des démarches vouées à l’échec.
Cette visite s’inscrit dans un contexte européen de durcissement des politiques migratoires. Confrontée à la saturation de son réseau d’accueil, la Belgique multiplie les démarches diplomatiques pour limiter les demandes jugées non fondées et accélérer les retours.
Du côté congolais, aucune réaction officielle n’a encore été communiquée après les rencontres bilatérales. La position belge, elle, est assumée : briser l’idée d’un exil facile vers Bruxelles et rappeler que l’asile est réservé aux personnes répondant aux critères de la Convention de Genève.
Les autorités belges insistent sur les chiffres pour justifier leur approche. Avec un taux de reconnaissance de 10,7 % et une majorité de demandeurs venant de la capitale, Bruxelles estime que la protection internationale n’est pas adaptée à la plupart des cas présentés.
La mission de la ministre Van Bossuyt traduit donc une volonté de traiter la question en amont, en coopération avec Kinshasa. L’objectif est double : décourager les demandes sans fondement tout en préservant les canaux légaux pour les séjours touristiques et professionnels.
Yves Sayo