Les États-Unis ont annoncé, ce mercredi 30 avril 2026, une série de sanctions à l’encontre de l’ancien président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila. Le Département du Trésor américain accuse directement l’ex-chef d’État d’avoir apporté un soutien actif au mouvement rebelle M23 ainsi qu’à l’Alliance Fleuve Congo (AFC), dans le but de déstabiliser les institutions actuelles de la RDC.
Dans un communiqué officiel, l’Office of Foreign Assets Control (OFAC) précise que Joseph Kabila aurait « facilité, financé et encouragé » les activités du M23 dans l’Est du pays. Les autorités américaines vont plus loin en affirmant que l’ancien président aurait résidé en 2025 à Goma, sous la protection directe du groupe armé, alors même que les combats s’intensifiaient dans le Nord-Kivu.
Cette allégation marque un tournant diplomatique majeur. Jusqu’ici, aucun haut responsable américain n’avait publiquement mis en cause l’implication personnelle de Joseph Kabila dans le conflit qui oppose Kinshasa au M23.
Le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a justifié la décision en invoquant la volonté de la Maison Blanche de stabiliser la région des Grands Lacs.
« Le président Trump ouvre la voie à la paix en République démocratique du Congo et il a clairement indiqué que ceux qui continuent de semer l’instabilité devront répondre de leurs actes », a-t-il déclaré.
Il a ajouté que « le Trésor continuera d’utiliser tous les moyens à sa disposition pour garantir l’intégrité des accords de Washington », en référence aux pourparlers de paix initiés sous médiation américaine depuis début 2025.
Concrètement, les mesures prises placent Joseph Kabila sur la liste des SDN, Specially Designated Nationals. Tous ses avoirs et intérêts détenus, directement ou indirectement, sous juridiction américaine sont immédiatement gelés.
Par ailleurs, il est désormais interdit à tout citoyen ou entité américaine d’effectuer des transactions financières, commerciales ou de fournir des services à l’ancien président. Les institutions financières internationales qui maintiendraient des liens avec lui s’exposent elles-mêmes à des sanctions secondaires.
Si plusieurs proches de Joseph Kabila et d’anciens officiers de son régime avaient déjà été visés par des sanctions américaines en 2016 pour « entrave au processus démocratique » et « corruption », c’est la première fois que le président honoraire est personnellement ciblé.
Cette décision intervient dans un contexte judiciaire déjà tendu en RDC. En janvier dernier, la Cour d’ordre militaire de Kinshasa a condamné Joseph Kabila à la peine de mort par contumace. Il a été reconnu coupable de crimes de guerre, de trahison et de participation à un mouvement insurrectionnel.
À la suite de cette condamnation, les autorités congolaises ont lancé plusieurs procédures de saisie visant les biens et propriétés de l’ancien président sur le territoire national. Le gouvernement de Kinshasa n’a pas encore officiellement réagi à l’annonce de Washington, mais plusieurs sources diplomatiques évoquent une coordination préalable entre les deux capitales.
Du côté de l’entourage de Joseph Kabila, aucun commentaire n’a été rendu public à ce stade. L’ancien président, qui n’a plus fait d’apparition officielle depuis plus d’un an, serait actuellement en exil.
Ces sanctions américaines interviennent alors que la situation sécuritaire demeure volatile dans l’Est de la RDC. Le M23 et l’AFC contrôlent toujours plusieurs localités stratégiques autour de Goma et de Saké, malgré le déploiement des forces de la SADC et les pressions diplomatiques.
Pour Washington, cibler Joseph Kabila revient à envoyer un signal clair aux acteurs politiques et militaires accusés d’alimenter le conflit. L’administration Trump conditionne désormais toute normalisation des relations avec les élites congolaises au respect des accords de paix signés à Washington.
L’Union européenne et le Royaume-Uni pourraient s’aligner sur la position américaine dans les prochaines semaines, selon des diplomates en poste à Bruxelles. Une telle extension des sanctions limiterait considérablement les marges de manœuvre financières et diplomatiques de l’ancien président.
À Kinshasa, la société civile appelle à la transparence sur les preuves détenues par le Trésor américain. Des ONG de défense des droits humains demandent que les éléments ayant conduit aux sanctions soient partagés avec la justice congolaise afin d’appuyer les procédures en cours.
La décision américaine redessine en profondeur l’échiquier politique congolais, à moins de deux ans des prochaines échéances électorales. Elle place également Joseph Kabila face à un isolement international sans précédent depuis son départ du pouvoir en janvier 2019.
Yves Sayo