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Patrick Muyaya tranche : "Seuls les Congolais contre l’agression" siégeront au dialogue national
By GéantRadio
Published on 18/07/2026 08:54
POLITIQUE

Le 17 juillet 2026 à Kinshasa, le Président Félix Tshisekedi a reçu les représentants des confessions religieuses. Au cœur des échanges : la préparation d’un dialogue national censé répondre à la crise sécuritaire dans l’Est et à la fracture politique. 

À l’issue de cette audience, une question revient avec insistance dans le débat public : qui pourra réellement siéger ? Le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a tenté d’apporter une première réponse.

Selon les participants à la rencontre, le Chef de l’État a réaffirmé sa volonté d’ouvrir un cadre de discussions avec toutes les forces vives de la nation. L’objectif affiché est de dégager un consensus autour de trois priorités : la défense de l’intégrité territoriale, la cohésion nationale et la tenue des prochaines échéances institutionnelles.

Les leaders religieux ont plaidé pour une démarche apaisée, sans exclusive, mais avec des garde-fous clairs. Ils ont insisté sur la nécessité que le dialogue ne serve pas de paravent à des agendas étrangers au pays.

C’est sur ce point que le gouvernement a posé sa première ligne rouge.

Interrogé sur les critères de participation, Patrick Muyaya a été direct : 

« Les Congolais qui ont toujours montré, sans ambiguïté, qu'ils étaient contre l'agression et qu'ils sont également en mesure de dénoncer cette agression et l’agresseur ».

Une formule qui exclut d’emblée toute personnalité ou tout mouvement soupçonné de complaisance vis-à-vis des groupes armés actifs dans l’Est, et plus largement de toute force perçue comme soutenant l’agression dont la RDC se dit victime.

Sur base des indications données par la Présidence et par le porte-parole, le périmètre du dialogue se dessine autour de plusieurs catégories :

1. Les institutions et la majorité 

Le gouvernement, le Parlement, les partis de l’Union sacrée. Ils porteront la position officielle sur la sécurité et la gouvernance.

2. L’opposition politique républicaine

Le pouvoir parle d’une ouverture à l’opposition "patriotique". L’adjectif a son importance : seules les formations qui reconnaissent la souveraineté du pays et condamnent l’agression seraient conviées.

3. La société civile et les confessions religieuses

Les églises, la CENCO, l’ECC, les musulmans, les acteurs des droits humains et des organisations de femmes et de jeunes. Leur rôle, selon le Président, sera de "faciliter et de moraliser" les débats.

Universitaires, anciens premiers ministres, acteurs économiques. L’idée est d’apporter une expertise technique sur les questions de défense, de décentralisation et de réconciliation.

La déclaration de Patrick Muyaya vise surtout à fermer la porte aux mouvements politico-militaires accusés de collaborer avec le M23 et à leurs alliés politiques. Le gouvernement considère qu’un dialogue avec ces acteurs reviendrait à "négocier sous la pression des armes".

Cette position met fin, pour l’instant, à l’idée d’un dialogue "sans tabou" avec toutes les composantes, y compris celles qui sont en rébellion. Elle crée aussi une zone grise : qui décide de qui est "clairement contre l’agression" ? Ce sera l’un des points de crispation des prochaines semaines.

Durant la rencontre du 17 juillet, les chefs religieux ont rappelé trois exigences :

1. La sincérité du processus : pas de dialogue pour gagner du temps.

2. Un calendrier clair : les travaux doivent déboucher sur des actes concrets avant la fin de l’année.

3. La protection des participants : garantir que personne ne sera stigmatisé pour ses opinions, tant qu’il respecte la ligne de la République.

Ils ont aussi proposé de jouer le rôle de garants et de médiateurs internes, à l’image de ce qu’ils avaient tenté en 2016.

Le choix des mots du gouvernement n’est pas anodin. En liant la participation à la dénonciation de "l’agression et de l’agresseur", Kinshasa veut reprendre l’initiative diplomatique et politique. 

Sur le plan interne, cela permet de resserrer le camp présidentiel autour d’un narratif de défense nationale. Sur le plan externe, cela envoie un signal aux partenaires : tout accord devra passer par la reconnaissance de la souveraineté congolaise.

Reste la question de l’efficacité. Un dialogue perçu comme trop restrictif risque d’être boycotté par une partie de l’opposition. Un dialogue trop large risque de se diluer ou d’être instrumentalisé.

Aucune date officielle n’a encore été annoncée. D’après les confessions religieuses, un comité préparatoire pourrait être mis en place dans les prochains jours pour définir le règlement intérieur, les thématiques et la liste finale des invités.

Le défi pour la Présidence sera de transformer la condition posée par Patrick Muyaya en critères objectifs, acceptables par tous, sans refermer la porte à ceux qui veulent encore faire le choix de la République.

Le dialogue national est donc en marche. Mais son succès dépendra moins du nombre de personnes autour de la table que de la clarté des règles d’entrée.

Yves Sayo 

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