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Tshisekedi lance le dialogue national : recul stratégique ou vraie volonté politique ?
By GéantRadio
Published on 17/07/2026 22:05
POLITIQUE

Après plusieurs mois de consultations et de pressions internes comme externes, le chef de l’État Félix Tshisekedi a tranché. À l’issue d’un entretien avec les représentants des confessions religieuses, le président de la République a décidé d’engager la République démocratique du Congo dans un processus de dialogue national inclusif. 

L’annonce a été faite par le cardinal Fridolin Ambongo Besungu, archevêque métropolitain de Kinshasa et représentant de l’Église catholique. Devant la presse, le prélat a précisé que les modalités pratiques seront définies « chemin faisant », mais que l’option politique est désormais levée.

Réunis au palais de la Nation, les leaders religieux ont été reçus par le président Tshisekedi dans un contexte marqué par la persistance de l’insécurité dans l’Est du pays. À leurs côtés figuraient Monseigneur Donatien Nshole, secrétaire général de la CENCO, l’archevêque Evariste Ejiba Yamapia de l’Église du Réveil du Congo, les pasteurs André Bokundoa et Eric Senga de l’Église du Christ au Congo, ainsi que le cheikh Abdallah Mangala, représentant la communauté musulmane. Le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a également pris part à la rencontre.

Au nom de ses collègues, le cardinal Ambongo a exprimé sa reconnaissance au chef de l’État. 

« C’est ici pour moi l’occasion d’exprimer, au nom de mes collègues, ma gratitude au président de la République, qui, en tant que père d’une nation, s’est dépassé pour prendre cette initiative et inviter tous les fils et filles du Congo à s’asseoir et à se dire ce qui ne va pas. Je lui dis de tout cœur : merci pour cette hauteur », a-t-il déclaré.

Pour le prélat, cette démarche vise à restaurer le tissu social et à créer les conditions d’une union nationale face aux défis sécuritaires, économiques et institutionnels.

Le cardinal Ambongo a également tenu à rendre hommage à deux chefs d’État de la région pour leur implication. Il s’agit du président congolais Denis Sassou N’Guesso et de son homologue burundais Evariste Ndayishimiye. 

Selon lui, des échanges menés successivement à Bujumbura puis à Brazzaville ont permis de poser les bases d’une réflexion sur l’avenir du pays. 

« Ce sont des échanges qui ont porté essentiellement sur des sujets d’intérêt national. À l’issue de ces échanges, nous avons eu à nous rendre compte que notre pays, la RDC, a besoin de communion entre les filles et fils du Congo. L’unité, la communion pour être solides, forts, comme vous le savez tous que notre pays souffre d’une agression qui vient essentiellement de l’Est du Rwanda », a rappelé l’archevêque de Kinshasa.

Cette référence directe à l’agression dans l’Est montre que la question sécuritaire restera au cœur des discussions du futur dialogue, même si aucun calendrier ni format n’a encore été arrêté.

L’annonce du 4 mai marque une évolution notable par rapport à la position exprimée fin janvier par le président Tshisekedi. À cette époque, le chef de l’État s’était dit favorable à un dialogue national, mais à deux conditions fermes : l’exclusion des rebelles de l’AFC-M23 et la tenue des assises à Kinshasa, sous l’égide du gouvernement, sans remise en cause des institutions issues des élections de 2023.

Ces préalables avaient été immédiatement rejetés par une partie de l’opposition politique et de la société civile. Pour ces acteurs, écarter l’AFC-M23 revenait à ignorer l’un des principaux facteurs de la crise sécuritaire dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Ils estimaient qu’un dialogue crédible devait aborder toutes les dimensions du conflit, y compris avec les groupes armés.

Lors de sa conférence de presse du mois de mai dernier, Félix Tshisekedi s’était par ailleurs montré sceptique sur l’efficacité d’un tel exercice pour résoudre la crise à l’Est. Il avait affirmé que ce n’est pas le dialogue qui convaincrait les troupes rwandaises de quitter le sol congolais, insistant plutôt sur la voie diplomatique et militaire.

Aujourd’hui, le discours a changé. En acceptant un dialogue sans en fixer immédiatement les contours, le président ouvre la porte à des négociations sur le format, les participants et l’agenda. L’expression « chemin faisant » utilisée par le cardinal Ambongo laisse entendre que le pouvoir veut avancer par étapes, en concertation avec les forces vives de la nation.

Plusieurs défis se profilent déjà. Le premier concerne la composition du présidium du dialogue. L’Église catholique et l’ECC, qui avaient facilité les concertations nationales en 2016, pourraient jouer à nouveau un rôle central de facilitation. Le second défi est celui de l’inclusivité réelle. L’opposition, les mouvements citoyens et les représentants des provinces en crise attendent des garanties quant à leur participation effective.

Enfin, la question des rebelles de l’AFC-M23 demeure entière. Le pouvoir n’a pas encore clarifié si la nouvelle posture implique une ouverture à leur égard ou si leur exclusion reste d’actualité. Cette ambiguïté pourrait devenir un point de crispation dans les semaines à venir.

Au-delà des aspects techniques, le message porté par les confessions religieuses est clair : la RDC a besoin d’un sursaut de cohésion nationale. Dans un pays confronté à plus de 7 millions de déplacés internes et à une pression militaire persistante dans l’Est, les chefs religieux présentent le dialogue comme un outil de résilience.

Le soutien affiché des présidents Sassou N’Guesso et Ndayishimiye montre aussi que la question congolaise est désormais traitée comme une priorité régionale. Kinshasa, Brazzaville et Bujumbura semblent chercher une approche commune pour stabiliser la région des Grands Lacs.

Pour le gouvernement, l’objectif est de démontrer que la réponse à la crise ne peut pas être uniquement sécuritaire. Pour l’opposition, il s’agit de tester la sincérité du pouvoir dans l’ouverture d’un espace de discussion libre.

Les prochains jours seront décisifs. Le gouvernement, par la voix de Patrick Muyaya, devrait préciser dans un bref délai la feuille de route, le cadre juridique et le mécanisme de suivi du dialogue. En attendant, l’Église catholique appelle déjà tous les Congolais à saisir cette « occasion historique » pour parler, s’écouter et reconstruire ensemble.

Le pays entre donc dans une nouvelle phase politique. Reste à savoir si ce dialogue national inclusif parviendra à transformer les bonnes intentions en actes concrets capables de répondre aux attentes d’une population fatiguée par les crises à répétition.

Yves Sayo 

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