Le président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, a acté le lancement d’un processus de dialogue national. L’annonce a été faite à l’issue de consultations tenues ce vendredi à la Cité de l’Union africaine, en présence des plus hautes instances des confessions religieuses du pays.
D’après des sources proches des milieux ecclésiastiques, le Chef de l’État a reçu successivement les dirigeants de la Conférence épiscopale nationale du Congo, CENCO, ceux de l’Église du Christ au Congo, ECC, ainsi que les représentants de l’Église de Réveil du Congo, ERC. L’objectif de ces rencontres était de poser les bases d’une démarche inclusive destinée à rassembler les différentes composantes de la nation.
Le gouvernement devrait publier prochainement une feuille de route officielle. Elle précisera le cadre, les objectifs, le calendrier et la liste des participants à ce dialogue. Selon les mêmes sources, le document est déjà en préparation et vise à traduire en actes concrets la volonté exprimée par le président.
Pour la présidence, il s’agit d’ouvrir un espace de discussion structuré, capable d’aborder les questions jugées prioritaires par l’opinion : la gouvernance, la cohésion nationale, les réformes institutionnelles et la situation sécuritaire.
Depuis plusieurs mois, la CENCO, l’ECC et l’ERC mènent une médiation discrète mais continue. Leur plaidoyer est constant : organiser un dialogue véritablement inclusif, qui associe non seulement la classe politique, mais aussi les forces sociales, la société civile, le secteur privé et les communautés locales.
Lors des échanges de ce vendredi, les responsables religieux ont réaffirmé cette position. Ils ont insisté sur la nécessité d’un processus transparent, crédible et tourné vers des résultats mesurables. Leur implication est perçue comme un gage de légitimité auprès d’une population qui attend des réponses concrètes.
L’initiative intervient alors que la RDC traverse une période particulièrement sensible.
Dans l’Est du pays, les combats se poursuivent et alimentent une crise humanitaire de grande ampleur. Les déplacements de populations, l’accès à l’aide et la protection des civils restent au cœur des préoccupations. Sur le plan politique, le débat s’intensifie autour d’éventuelles réformes constitutionnelles et institutionnelles, avec des positions parfois très divergentes au sein de la majorité comme de l’opposition.
Dans ce climat, le dialogue national est présenté par le pouvoir comme un outil pour recréer du consensus. L’idée est de permettre à chaque camp d’exprimer ses revendications dans un cadre organisé, afin d’éviter une escalade et de dégager des solutions durables.
Plusieurs chantiers devraient figurer à l’agenda. Les observateurs citent notamment :
1. La sécurité et la paix : comment parvenir à une stabilisation de l’Est, avec l’implication des partenaires régionaux et internationaux.
2. La gouvernance : transparence des institutions, lutte contre la corruption, décentralisation effective.
3. Les réformes politiques : révision éventuelle de certaines lois, organisation des prochaines échéances électorales, fonctionnement des contre-pouvoirs.
4. La cohésion sociale : justice transitionnelle, réconciliation, prise en compte des jeunes et des femmes.
Pour les Églises, la réussite dépendra de la sincérité du processus. Elles plaident pour un dialogue sans tabous ni exclusions préalables, avec des garanties d’indépendance dans la conduite des travaux.
Après cette première série de consultations à la Cité de l’Union africaine, d’autres rencontres sont prévues. Le gouvernement devra d’abord finaliser la feuille de route, puis l’officialiser publiquement. Ensuite viendra la phase de désignation des facilitateurs et des délégués.
Côté présidence, on insiste sur le caractère "national" de la démarche. L’ambition affichée est de dépasser les clivages partisans pour construire un accord large sur l’avenir du pays.
Reste maintenant à transformer l’annonce en actes. La publication de la feuille de route sera le premier test de crédibilité. Elle dira si ce dialogue national sera un simple exercice de communication, ou le point de départ d’une refondation politique à laquelle aspirent de nombreux Congolais.
En attendant, les Églises continuent leur travail de terrain. Elles entendent jouer les facilitateurs, mais aussi les garants d’un processus qui, selon elles, ne peut plus attendre.
Yves Sayo