La tension est montée d’un cran ce jeudi dans la capitale. Plusieurs éléments de la Police nationale congolaise, dont un officier supérieur au grade de capitaine, ont été interpellés et conduits au siège de l’Unité de Protection des Personnes et de leurs Habitations, l’UPHP, à Kinshasa.
Ils sont actuellement en cours d’audition. Les faits qui leur sont reprochés remontent à la dispersion d’un sit-in organisé par un collectif de médecins dits "non primés" devant l’Hôtel du Gouvernement.
Selon les premières informations recueillies sur place, les médecins manifestaient pacifiquement pour réclamer le paiement d’arriérés de primes. Depuis plusieurs mois, ce groupe dénonce des retards répétés dans le versement des indemnités promises par les autorités, une situation qu’ils jugent "intenable" au regard de leurs conditions de travail dans les hôpitaux publics.
La manifestation, qui devait rester statique devant les grilles de l’Hôtel du Gouvernement, a dégénéré au moment de l’arrivée des forces de l’ordre. Des vidéos devenues virales sur les réseaux sociaux montrent des policiers anti-émeute intervenant avec fermeté.
Sur l’une des séquences, on distingue clairement un capitaine ordonner l’usage d’un canon à eau pour disperser les manifestants. D’autres images montrent des bousculades, des blouses blanches renversées au sol et du matériel médical abandonné sur le trottoir.
La diffusion de ces vidéos a provoqué de nombreuses réactions, tant au sein de la communauté médicale que dans l’opinion publique. Plusieurs organisations de défense des droits humains ont appelé à l’ouverture d’une enquête pour "usage disproportionné de la force".
C’est dans ce contexte que la hiérarchie policière a décidé d’agir rapidement. Ce jeudi en fin de matinée, plusieurs policiers présents sur les lieux ont été interpellés.
Parmi eux figure le capitaine identifié sur les images comme ayant donné l’ordre d’utiliser le canon à eau. L’ensemble du groupe est actuellement auditionné au siège de l’UPHP à Kinshasa.
D’après une source au sein de l’unité, l’objectif de ces auditions est double : établir les responsabilités individuelles dans le déroulement de l’intervention et vérifier si les procédures d’encadrement des manifestations ont été respectées.
"Nous ne pouvons pas tolérer que des manifestations, même tendues, se terminent par des scènes de violence. Une enquête administrative et disciplinaire est ouverte", a indiqué un officier de l’UPHP sous couvert d’anonymat.
Du côté des manifestants, l’émotion reste vive. Les représentants des médecins "non primés" ont dénoncé une "répression inacceptable contre un corps qui sauve des vies".
Ils réitèrent leur demande principale : le paiement immédiat des primes impayées et l’ouverture d’un dialogue direct avec le Gouvernement. "Nous ne sommes pas des fauteurs de troubles. Nous demandons simplement ce qui nous revient de droit pour pouvoir continuer à travailler dignement", a déclaré l’un des porte-paroles du collectif.
Le sit-in prévu ce jeudi a été interrompu, mais les médecins assurent qu’ils poursuivront leurs actions jusqu’à l’obtention de réponses concrètes.
Cet incident remet sur la table la question de l’encadrement des manifestations à Kinshasa et, plus largement, des relations entre les forces de l’ordre et les secteurs sociaux en grève.
Ces derniers mois, le secteur de la santé a été marqué par plusieurs mouvements de protestation. Entre manque de matériel, salaires en retard et conditions de travail difficiles, le ras-le-bol est palpable dans de nombreux hôpitaux.
Les autorités, de leur côté, insistent sur la nécessité de maintenir l’ordre public tout en garantissant le droit de manifester. Reste à savoir quelles conclusions seront tirées des auditions en cours à l’UPHP.
Pour l’heure, le calme est revenu aux abords de l’Hôtel du Gouvernement, sous surveillance policière renforcée. L’opinion attend désormais les résultats de l’enquête et une position officielle du Gouvernement sur le dossier des primes des médecins.
Yves Sayo