À l’occasion du 66ᵉ anniversaire de l’indépendance de la République Démocratique du Congo, le Parlement des Jeunes de la commune Manika a convoqué une plénière extraordinaire. L’objectif : poser un diagnostic lucide sur le parcours de la Nation et redéfinir la place de la jeunesse dans le chantier du développement.
Réunie devant un public nombreux et attentif, l’assemblée a centré ses travaux autour de trois interrogations majeures. Que retenir de 66 ans de souveraineté ? Le pays a-t-il progressé ou régressé ? La jeunesse mesure-t-elle l’ampleur de sa responsabilité et est-elle mobilisée à des fins productives ? Ces questions ont structuré un débat de haute tenue, enrichi par la présence d’intervenants de référence. 
La séance a été ouverte par le Président du Conseil communal de Manika, Monsieur Denis Kyangwe. Dans son allocution d’ouverture, il a rappelé que commémorer l’indépendance impose d’en évaluer les acquis et les manquements, avec exigence et esprit de proposition. L’ambiance générale s’est inscrite dans une dynamique de réflexion approfondie, entre motions d’information et questions directes adressées aux panélistes. 
Madame Bénédicte Malumbi, Directrice provinciale de l’Office National de l’Emploi, ONEM, a centré son intervention sur l’inadéquation persistante entre les compétences disponibles et les opportunités du marché. Elle a interrogé les perspectives concrètes pour résorber ce décalage. Son message était sans détour : sans emploi, il n’y a ni dignité ni avenir. Elle a plaidé pour une formation mieux alignée sur les besoins de l’économie locale, le renforcement des filières techniques et la promotion des industries de proximité. Pour elle, l’indépendance économique commence par le travail, et le travail constitue le premier acte de souveraineté. 
Monsieur Alain Saint Pierre Mwamba, Promoteur d’Axe Média, a analysé l’impact du numérique comme facteur de transformation dans un État en développement. Il a salué les avancées enregistrées en RDC, notamment l’intégration de la fibre optique qui a encore plus accélérée l'internet au Pays. Loin d’être une menace, l’IA représente selon lui une opportunité d’accélération, à condition d’investir dans la formation digitale, l’accès à Internet et l’émergence de start-ups locales. Il a prévenu contre le risque d’une dépendance technologique. Le numérique doit donc devenir un outil de rattrapage et non un privilège réservé à une minorité. 
L’entrepreneur Michael Tshibwid, cité également sous le nom de Michael Numbi Tshibwid, a défendu une vision offensive de l’autonomisation. Il a mis l’accent sur la conquête de l’indépendance économique, scientifique et intellectuelle. Interpellé sur le rôle de la jeunesse, il a affirmé que le plus grand gisement de la province du Lualaba n’est ni le cobalt ni le cuivre, mais sa jeunesse. Il a décrit l’entrepreneuriat comme une arme patriotique. Créer une entreprise, c’est refuser la dépendance et proposer des solutions ancrées localement. Il a toutefois rappelé la nécessité d’un État accompagnateur, protecteur et incitatif.
L’assemblée a noté l’absence du Vice-Président de l’Assemblée provinciale, l’Honorable Archimède Kalassa, attendu pour intervenir sur l’intégration de la jeunesse dans les instances de prise de décision. Son message a néanmoins été relayé par le Président du Parlement des Jeunes : la jeunesse ne doit plus être spectatrice, elle doit être actrice. L’intégration des jeunes dans les parlements, les gouvernements et les conseils locaux est présentée comme une exigence démocratique.
Après les exposés, plusieurs participants ont formulé des questions concrètes sur la vie réelle des Congolais. Les thèmes abordés ont porté sur l’accès à l’emploi, le financement des jeunes promoteurs, la qualité de la formation, la connectivité numérique et la gouvernance locale. Les échanges ont maintenu un ton exigeant, tourné vers des solutions applicables.
Pour clore cette saison riche en réflexions, le Président du Parlement des Jeunes, Monsieur Christian Mbumb, a prononcé un discours résolument patriotique. 
Il a rappelé que le 30 juin honore la mémoire des pères fondateurs qui ont brisé les chaînes de la colonisation. Il a ensuite insisté sur une idée centrale : l’indépendance n’est pas un héritage figé, c’est une mission à poursuivre. Il a articulé son propos autour de quatre piliers pour une nouvelle indépendance.
Premier pilier, l’emploi, socle de la dignité. Deuxième pilier, la jeunesse au cœur des décisions. Troisième pilier, l’entrepreneuriat, arme de libération. Quatrième pilier, le numérique, nouvelle frontière de développement. Il a conclu par un appel fort : que l’État cesse d’être spectateur et devienne acteur, que la jeunesse cesse d’être marginalisée et devienne moteur, que le numérique cesse d’être un luxe et devienne un bien commun.
Ses derniers mots ont résonné comme un mot d’ordre : « Oui, nous sommes véritablement indépendants ! » Suivis d’acclamations pour la jeunesse congolaise, l’emploi, l’entrepreneuriat, le numérique au service du développement, la République et le Congo.
Au-delà de la commémoration, cette plénière a produit un cadre d’action. Elle a établi un lien direct entre mémoire, emploi, gouvernance juvénile, entrepreneuriat et transformation numérique. Elle a également rappelé que l’indépendance se mesure à l’aune des opportunités offertes à la nouvelle génération. À Manika, le 30 juin a donc été moins une célébration qu’un engagement.
Etienne Kankwende