Une « mise au point » signée par dix-sept prêtres de l’archidiocèse de Kananga est venue brouiller les cartes le 30 juin 2025. Loin de faire bloc avec la Conférence épiscopale nationale du Congo, ces membres du clergé local ont choisi d’affirmer une position distincte sur le dossier sensible de la révision constitutionnelle.
Publié onze jours après la déclaration officielle de la CENCO, le texte des prêtres kanangais marque une rupture de ton. Alors que les évêques du pays s’étaient exprimés le 19 juin sur les risques liés à une modification de la Loi fondamentale de 2006, les signataires de Kananga relativisent la portée de cette sortie épiscopale.
Dans leur note, les dix-sept prêtres rappellent d’emblée que le message de la CENCO « ne constitue ni un décret, ni une décision ayant force de loi ». Selon eux, ce document « n’empêche en rien un éventuel changement de la Constitution ».
L’argument est d’ordre juridique et institutionnel. Pour les signataires, la déclaration des évêques relève de la liberté d’expression, un droit garanti par la Constitution congolaise. Elle ne saurait donc être assimilée à une directive contraignante pour les fidèles, encore moins pour les institutions de la République.
Cette clarification vise à recadrer le débat. Elle distingue la posture morale et pastorale de l’Église de son autorité normative. En d’autres termes, la CENCO peut alerter, recommander, mettre en garde. Elle ne peut pas, sur le plan légal, verrouiller le processus de révision.
Sur le fond, les prêtres de Kananga s’adossent directement au texte constitutionnel. Ils citent l’article 218 pour soutenir qu’une révision de la Constitution de 2006 est parfaitement « envisageable » si les conditions légales sont réunies.
Le texte rappelle qui détient l’initiative : « concurremment le Président de la République, le Gouvernement, le Parlement ou une fraction du peuple congolais ». Cette énumération exclut donc tout monopole. Elle ouvre la voie à plusieurs acteurs, sous réserve de respecter scrupuleusement la procédure prévue.
Pour les signataires, cette lecture écarte l’idée d’un tabou constitutionnel. La Constitution de 2006 n’est pas un texte intangible. Elle prévoit elle-même les mécanismes de sa propre adaptation, à condition que l’État de droit soit respecté à chaque étape.
Au-delà de l’analyse juridique, la « mise au point » prend une coloration politique. Les prêtres de Kananga « appellent par ailleurs à soutenir les initiatives du chef de l’État ».
Cette phrase clôt le document et en dit long sur le positionnement des signataires. Elle traduit une volonté de ne pas entraver le pouvoir en place dans sa réflexion sur une éventuelle réforme des institutions. Le soutien affiché rompt avec la prudence observée dans d’autres provinces ecclésiastiques.
La portée de cette prise de position dépasse le cadre kasaïen. Elle révèle une fracture qui s’installe au sein même de l’Église catholique en RDC.
D’un côté, la CENCO, organe central des évêques, qui a choisi le 19 juin de faire entendre une voix critique et préventive sur la révision constitutionnelle. De l’autre, un groupe de prêtres de terrain qui revendique une lecture plus souple du droit et une marge d’autonomie par rapport à la hiérarchie nationale.
Cette divergence interroge sur l’unité du discours catholique face aux grands enjeux politiques du pays. Elle montre aussi que le débat sur la Constitution ne se limite plus aux partis, à la société civile ou aux juristes. Il s’invite désormais dans les presbytères, avec des lectures différentes de la mission de l’Église dans la cité.
Le sujet de la révision constitutionnelle est redevenu central en RDC depuis plusieurs mois. Les défenseurs d’une réforme invoquent l’adaptation des institutions aux réalités actuelles, la gouvernance et l’efficacité de l’action publique.
Les opposants, dont une partie de la CENCO, mettent en garde contre toute tentative de remise en cause des verrous républicains, notamment la limitation des mandats. C’est dans cet équilibre tendu que les prêtres de Kananga ont décidé de se démarquer.
En signant cette « mise au point », ils inscrivent l’archidiocèse de Kananga dans le camp de ceux qui estiment que le débat doit rester ouvert, dans le respect des procédures, sans anathème préalable.