À deux semaines de la mobilisation prévue sur l’ensemble du territoire national, la Coalition Article 64 pour la défense de l’ordre constitutionnel, C64, a franchi une nouvelle étape administrative. Les leaders de l’opposition ont notifié par écrit le gouverneur de la ville de Kinshasa, Daniel Bumba, de la tenue d’une marche pacifique dont le point de chute sera le Palais du Peuple. La démarche s’appuie explicitement sur l’article 26 de la Constitution de la République Démocratique du Congo, qui garantit la liberté de manifestation.
La lettre de notification a été déposée ce jeudi auprès du cabinet du gouverneur. Elle porte les signatures de plusieurs figures de l’opposition : Martin Fayulu, Jean-Marc Kabund, Moïse Katumbi, Delly Sesanga et Matata Ponyo. Ce collectif, réuni sous la bannière C64, entend ainsi se conformer aux exigences légales en matière d’information préalable des autorités compétentes avant toute action de rue d’envergure.
Dans leur courrier, les initiateurs précisent la portée de l’action. La marche vise d’abord à « exprimer l’attachement des citoyens au respect de la Constitution, à la défense de l’État de droit et à la préservation de l’ordre constitutionnel de la République ». Au-delà du défilé, les organisateurs prévoient une démarche symbolique : la remise d’un mémorandum au Président de la République, Félix Tshisekedi. Ce document devrait contenir leurs revendications et analyses sur la situation politique actuelle.
L’annexe jointe à la lettre détaille le programme de la journée. Le Palais du Peuple, siège du Parlement et lieu emblématique du pouvoir législatif, servira de point de rassemblement principal. Les manifestants sont attendus sur place dès 9 heures du matin. Un sit-in est programmé immédiatement après le rassemblement. Cette phase statique précédera la remise officielle du mémorandum destiné au chef de l’État. Le choix du lieu et de l’horaire indique la volonté des organisateurs de donner un caractère solennel à l’événement.
Face à cette annonce, la majorité présidentielle ne cache pas son opposition. Lors d’une matinée politique organisée le weekend dernier, Augustin Kabuya, secrétaire général de l’UDPS, parti au pouvoir, a exprimé de vives réserves. Il a accusé l’opposition de préparer, sous couvert d’une marche pacifique, un soulèvement populaire. Selon lui, l’objectif caché serait de provoquer l’incendie d’ambassades à Kinshasa afin d’imputer ensuite la responsabilité de ces actes au gouvernement congolais.
Cette manifestation s’inscrit dans une série d’actions menées par l’opposition dans la capitale. Elle est présentée comme la troisième « action test » organisée par ce front commun depuis sa formation à Kinshasa. Chaque mobilisation précédente a servi à mesurer la capacité de mobilisation, la réaction des autorités et l’adhésion de la population aux mots d’ordre lancés par la C64.
Le rappel de l’article 26 par les organisateurs n’est pas anodin. Cet article constitutionnel encadre la liberté de réunion pacifique et de manifestation, sous réserve d’une notification préalable à l’autorité administrative. Le respect strict de cette procédure par la C64 vise à se prémunir contre toute interdiction pour défaut de forme et à placer les autorités face à leurs responsabilités en matière de maintien de l’ordre et de respect des libertés publiques.
L’échange de correspondances et de déclarations publiques illustre la tension qui prévaut dans l’espace politique congolais. D’un côté, l’opposition revendique son droit à s’exprimer dans la rue et à interpeller directement le Président. De l’autre, le pouvoir en place met en garde contre tout débordement et brandit la menace d’une instrumentalisation de la contestation. À 14 jours de la date prévue, toutes les attentions se tournent désormais vers la réponse que donnera l’hôtel de ville de Kinshasa à la notification reçue.
Yves Sayo