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Fin de la garde à vue XXL : l’Auditorat militaire prend la main sur Shadary et Minaku
By GéantRadio
Published on 06/08/2026 14:33
POLITIQUE

Plus de 200 jours après leur interpellation, Emmanuel Shadary et Aubin Minaku ont été transférés à l’Auditorat général militaire. L’information, confirmée par des sources judiciaires, marque une nouvelle étape dans un dossier qui retient l’attention de la classe politique congolaise depuis le début de l’année.

Ancien vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur et de la Sécurité, Emmanuel Shadary est également secrétaire permanent du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie, le PPRD. Aubin Minaku, lui, a dirigé l’Assemblée nationale entre 2012 et 2019 et occupe aujourd’hui des responsabilités de premier plan au sein du même parti.

Depuis leur arrestation, les deux hommes étaient maintenus dans des installations des services de sécurité. Leur mise à la disposition de la justice militaire met fin à une phase de détention administrative et ouvre la voie à une instruction judiciaire formelle.

Le PPRD, parti fondé autour de l’ancien président Joseph Kabila, reste l’une des principales formations d’opposition. Emmanuel Shadary y incarne la continuité de l’appareil. En 2018, il avait été le candidat du Front commun pour le Congo à la présidentielle. 

Aubin Minaku, juriste de formation, a quant à lui marqué de son empreinte le fonctionnement du Parlement sous le précédent mandat. Président de l’Assemblée nationale pendant sept ans, il est perçu comme l’un des stratèges juridiques du PPRD.

Leur double profil, exécutif pour l’un, législatif pour l’autre, explique l’écho que prend leur dossier au-delà du seul cadre partisan.

Selon les éléments recueillis auprès de sources proches du dossier, les deux cadres ont passé plus de sept mois en détention avant leur transfert. Cette durée a suscité de nombreux commentaires dans les milieux politiques et des droits humains, entre interrogations sur le respect des délais de garde à vue et attentes d’un traitement judiciaire transparent.

Pendant cette période, ni l’Auditorat ni la défense n’avaient communiqué officiellement sur les charges précises retenues. Le transfert à l’Auditorat général militaire indique désormais que le dossier entre dans une phase d’instruction sous le régime de la justice militaire.

En droit congolais, l’Auditorat général militaire est compétent pour instruire les infractions relevant de la compétence des juridictions militaires. Le dessaisissement des services de sécurité au profit de l’auditorat signifie que les éléments du dossier seront désormais examinés par des magistrats militaires, avec possibilité d’inculpation, de mise en liberté provisoire ou de renvoi devant une juridiction de jugement.

Cette étape met aussi fin au flou sur le statut des deux détenus. Ils passent du statut de personnes gardées à celui de personnes mises à la disposition d’une autorité judiciaire, avec les garanties procédurales qui l’accompagnent.

Le timing du transfert intervient dans un contexte politique tendu. Le PPRD dénonce régulièrement ce qu’il qualifie de « dérives » et de « harcèlement judiciaire » contre ses dirigeants. Le pouvoir, de son côté, insiste sur la nécessité de lutter contre l’impunité et de faire appliquer la loi à tous les niveaux.

La mise en mouvement de l’action publique contre deux figures historiques du kabilisme est donc lue à la fois comme un signal judiciaire et comme un fait politique majeur. Elle intervient alors que les débats sur la cohésion nationale, la sécurité à l’Est et la préparation des échéances futures occupent l’agenda public.

Côté PPRD, les premiers commentaires appellent au respect du droit de la défense et à un procès équitable. Les avocats des deux cadres devraient dans les prochains jours demander communication du dossier et solliciter des actes d’instruction.

Du côté des organisations de la société civile, plusieurs voix réclament de la célérité mais aussi de la transparence. L’enjeu est double: que la justice suive son cours sans pression, et que l’opinion dispose d’informations claires sur les faits reprochés.

Avec leur arrivée à l’Auditorat général militaire, plusieurs scénarios s’ouvrent. Les magistrats peuvent procéder à des auditions, ordonner des confrontations, requérir des expertises, ou encore décider d’un mandat de détention préventive dans le cadre de l’instruction.

Pour l’instant, aucune date d’audience n’a été communiquée. Le dossier devrait rester sensible dans les semaines à venir, tant pour ses implications juridiques que pour son impact sur le climat politique.

Yves Sayo 

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