Lors d’une séance plénière marquante, l’Assemblée provinciale du Lualaba a tranché. La demande du Procureur général près la Cour d’appel du Lualaba visant l’engagement de poursuites contre l’honorable Weber Shimata, rapporteur de l’organe délibérant, a recueilli l’adhésion de 17 députés. Deux élus s’y sont opposés. Le résultat est clair : les immunités parlementaires du député sont levées. La porte de l’instruction judiciaire s’ouvre.
Selon le réquisitoire lu devant l’hémicycle, Shimata Weber est poursuivi pour des propos jugés offensants à l’égard de la gouverneure Fifi Masuka Saini. Il lui est également reproché des injures publiques. Le député est par ailleurs accusé d’avoir mis en cause le ministre provincial de l’Intérieur, Roy Kaumba, et le directeur provincial de l’Antifraude, en les citant dans une affaire présumée de vol de cathodes. Des faits graves qui, s’ils sont établis, relèvent de la compétence du juge.
La décision de l’Assemblée produit un effet direct. En attendant l’issue de la procédure, le député provincial ne pourra plus siéger ni prendre part aux travaux de l’organe délibérant. L’institution se met ainsi en conformité avec la procédure, mais elle s’affaiblit aussi en perdant son rapporteur au moment où les dossiers sensibles s’accumulent.
Au-delà de la procédure, une interrogation traverse la population du Lualaba. Après ses dénonciations sur les vols de cathodes et sur le blocage du dossier des destructions de maisons au quartier ISTM RVA, plusieurs voix s’élèvent. Livrer Weber Mutshaila à la justice, c'est bien. Mais la vérité doit éclater. La demande est forte : un procès public, transparent, pour garantir l’équilibre et l’équité.
Les habitants d’ISTM veulent des réponses précises. Comment l’opération de destruction de parcelles est-elle passée de 300 mètres à 500 mètres ? Pourquoi ce dossier, pourtant dramatique pour des familles entières, n’a-t-il jamais été débattu à l’Assemblée depuis les faits ? Les vidéos récentes de l’honorable Shimata, qualifiées de révoltantes par certains, ont au moins eu le mérite de remettre ces questions sur la table.
Plusieurs observateurs politiques établissent un parallèle avec l’affaire de l’honorable Dédé Lenge, arrêté dans une procédure presque similaire. L’histoire semble se répéter. Mettre Weber entre les mains de la Cour d’appel peut paraître juste sur la forme. L’entendre sur le fond paraît indispensable. Sans cela, l’impression d’un camouflage de la vérité s’installe. Et ce serait une peine perdue pour la crédibilité de l’institution.
L’Assemblée provinciale du Lualaba a aujourd’hui une double responsabilité. D’abord, laisser la justice suivre son cours, sans pression ni interférence. Ensuite, ne pas fuir le débat de fond. Les cathodes disparues, les parcelles rasées à ISTM RVA, la gouvernance provinciale : ce sont des sujets d’intérêt général. Les traiter à huis clos nourrit la rumeur. Les traiter en public renforce la démocratie.
La levée des immunités de Weber Shimata est un acte régalien. Elle respecte la séparation des pouvoirs. Elle ne doit cependant pas devenir un paravent. La population du Lualaba ne demande pas l’impunité pour un élu. Elle exige la clarté pour des dossiers qui touchent son quotidien. L’Assemblée a livré un homme à la justice. Elle doit maintenant livrer toute la vérité aux citoyens. C’est à ce prix qu’elle réécrira une nouvelle histoire, crédible et digne de confiance.
Le Lualaba observe. Le Lualaba attend.
Éditorial : Etienne Kankwende