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Kulunas recyclés en “Bâtisseurs” : Kinshasa mise-t-elle sur les loups pour garder la bergerie ?
By GéantRadio
Published on 22/06/2026 12:28
POLITIQUE

Un premier contingent de 600 anciens membres de gangs urbains, appelés « kulunas », a foulé le sol de la capitale congolaise ce lundi. Leur mission : participer au programme d’assainissement lancé par le Service national. C’est le coup d’envoi d’une opération d’envergure qui doit voir près de 5 000 « bâtisseurs » déployer progressivement leurs forces dans les différents quartiers de Kinshasa.

L’initiative portée par le Service national ne se limite pas à un simple ramassage de déchets. Elle s’inscrit dans une stratégie globale de réinsertion sociale. L’objectif affiché par les autorités est double. D’abord, offrir un encadrement structuré aux anciens délinquants pour les sortir du cycle de la violence et de la criminalité. Ensuite, mobiliser cette main-d’œuvre pour améliorer concrètement le cadre de vie des Kinois.

Désormais rebaptisés « bâtisseurs », ces ex-kulunas seront progressivement répartis sur les chantiers d’assainissement : curage des caniveaux, collecte des immondices, désherbage des artères principales, réhabilitation des espaces publics. Le gouvernement mise sur cette approche pour transformer une menace sécuritaire en levier de développement urbain.

Selon les responsables du programme, l’arrivée de ces 600 premiers participants n’est que la phase pilote. L’encadrement prévoit un suivi psychosocial, une formation aux techniques de salubrité et une discipline de type paramilitaire héritée du Service national. L’idée est de recréer un cadre, des repères et un sentiment d’utilité collective chez des jeunes longtemps stigmatisés.

Près de 5 000 ex-délinquants sont attendus dans les prochaines semaines. Leur déploiement se fera par vagues, en fonction des capacités d’accueil et d’encadrement. Les autorités insistent : il ne s’agit pas d’une opération de communication, mais d’un processus de longue haleine qui doit produire des résultats visibles sur le terrain.

Du côté des partisans, beaucoup saluent une « seconde chance » méritée. Pour eux, donner du travail à ces jeunes, c’est désamorcer les foyers de tension et redonner espoir à des quartiers longtemps pris en otage par les gangs. « Si on peut transformer un kuluna en bâtisseur, alors Kinshasa a une chance de respirer », confie un habitant de Masina venu observer l’arrivée du convoi.

À l’inverse, une partie de l’opinion reste sceptique. Les interrogations portent sur trois points clés : la sécurité des équipes et des riverains, la qualité de l’encadrement sur la durée, et les mécanismes de suivi post-programme. Que deviendront ces « bâtisseurs » une fois les chantiers terminés ? Des garanties suffisantes existent-elles pour éviter une récidive ? Pour ces voix critiques, le succès de l’opération se mesurera moins à l’arrivée des 600 premiers qu’à la capacité de l’État à tenir ses engagements sur 6, 12 ou 24 mois.

Au-delà du débat, le défi est immense. Kinshasa fait face à une double crise : celle de l’insalubrité chronique et celle de la jeunesse désœuvrée. En fusionnant les deux, le programme d’assainissement tente une équation risquée mais nécessaire. 

Si le pari réussit, ces 600 puis 5 000 ex-kulunas pourraient devenir le visage d’une nouvelle génération d’acteurs du changement urbain. S’il échoue, les critiques actuelles sur le manque de suivi risquent de se confirmer et de fragiliser la confiance déjà érodée entre population et institutions.

Pour l’instant, les pelles, brouettes et gilets du Service national sont arrivés. Reste à voir si l’encadrement, la volonté politique et l’adhésion populaire suivront au même rythme.

Yves Sayo 

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