Un incident d’une rare gravité s’est produit ce samedi devant l’Archevêché de Kinshasa. La Chancellerie de l’Archidiocèse métropolitain a rendu public un communiqué pour condamner avec la plus grande fermeté l’occupation illégale de l’esplanade située à l’entrée du siège épiscopal par un groupe de militants se réclamant de la « Force du Progrès ».
Selon le texte officiel signé par l’Abbé Clet-Clay Mamvemba, secrétaire-chancelier de l’Archidiocèse, ces individus se sont introduits sans autorisation sur l’espace public jouxtant l’Archevêché dans la matinée. Leur objectif était d’y ériger et d’implanter les insignes et effigies de l’UDPS, parti présidentiel au pouvoir. Une démarche qualifiée par l’Église catholique de « violation flagrante de la neutralité des lieux de culte et de provocation inacceptable ».
Alertés par les responsables de la sécurité interne de l’Archevêché, les militants ont d’abord ignoré les injonctions de quitter les lieux. Les échanges ont rapidement dégénéré. Le communiqué ecclésiastique rapporte que les manifestants ont répondu par des injures publiques et des menaces verbales directement adressées aux autorités ecclésiastiques présentes. La tension est montée d’un cran, au point de nécessiter l’intervention de la Police nationale congolaise.
C’est grâce à l’intervention rapide des éléments de la PNC que l’ordre a pu être rétabli. Les forces de l’ordre ont dispersé le groupe et sécurisé le périmètre de l’Archevêché, permettant un retour au calme après plusieurs minutes de confrontation. Aucune interpellation n’a été confirmée officiellement par l’Archidiocèse au moment de la rédaction de ce communiqué.
Dans sa prise de position, la Chancellerie insiste sur le caractère symbolique et sensible du lieu visé. L’Archevêché de Kinshasa n’est pas seulement la résidence de l’Archevêque métropolitain. Il constitue également un centre administratif et spirituel majeur pour les millions de fidèles catholiques de la capitale. S’en prendre à son intégrité physique ou à la sérénité de ses abords, souligne le texte, revient à porter atteinte à la liberté de culte garantie par la Constitution.
L’Archidiocèse rappelle que les lieux de culte, quelle que soit la confession, doivent demeurer des espaces de paix, de prière et de dialogue. Ils ne sauraient être transformés en tribunes politiques ni en terrains d’affrontement partisan. L’implantation d’insignes politiques devant un siège épiscopal est perçue par l’Église comme un acte de défiance à l’égard de son autonomie et de son rôle de médiation sociale.
Face à cette situation, l’Archidiocèse de Kinshasa lance un appel solennel aux autorités politico-administratives et aux services de sécurité de la République. Il leur demande de prendre toutes les dispositions nécessaires pour prévenir la répétition de tels actes et pour garantir de manière effective la sécurité des personnes, des biens et des lieux de culte sur l’ensemble du territoire de la ville-province.
L’Église catholique, par la voix de son secrétaire-chancelier, réaffirme sa volonté de continuer à œuvrer pour la paix, la cohésion nationale et le respect des institutions. Elle exhorte par ailleurs les mouvements de jeunesse et les partis politiques à privilégier les voies légales et pacifiques pour exprimer leurs revendications, en évitant toute instrumentalisation des symboles religieux et des sites sacrés.
Cet incident intervient dans un contexte politique national déjà marqué par des tensions récurrentes. Pour l’Archidiocèse, la préservation du caractère apolitique des édifices religieux est une condition indispensable à la stabilité sociale. Le communiqué conclut sur une note de fermeté : l’Église ne tolérera aucune forme d’intimidation et attend des pouvoirs publics une réponse à la hauteur de l’enjeu.
Yves Sayo