Le secrétaire général a.i de l’UDPS, Augustin Kabuya, est monté au créneau ce samedi 20 juin à Kinshasa. Devant ses militants, il a multiplié les déclarations fortes, allant d’une mise au point sur une phrase attribuée au président Félix Tshisekedi à de graves accusations contre l’opposition et certains prélats catholiques.
Revenant sur une polémique récente, Kabuya a affirmé que le chef de l’État n’a jamais traité Joseph Kabila de "chien". Selon lui, les propos présidentiels ont été sortis de leur contexte et déformés.
« Le président Félix Tshisekedi n’a jamais traité Kabila de chien. Les propos du président de la République ont été sortis de leur contexte. Le chef de l’État voulait dire "leur marionnette" », a-t-il soutenu.
Poursuivant, le président a.i de l’UDPS a défendu le niveau d’instruction du président en s’en prenant à ses détracteurs :
« Parmi tous ceux qui critiquent Félix Tshisekedi, qui a le même niveau d’éducation, plus élevé que celui de Félix Tshisekedi ? »
Augustin Kabuya a ensuite ciblé la Conférence épiscopale nationale du Congo et son secrétaire général, l’abbé Donatien Nshole. Il conteste leur légitimité à s’exprimer sur la scène politique.
« Nshole n’a aucun mandat. Ambongo non plus n’a aucun mandat », a-t-il lancé, avant de s’interroger : « Ils parlent au nom de qui ? »
Il a également porté une attaque personnelle contre Mgr Nshole : « Il n’est même pas marié. »
Le secrétaire de l’UDPS a dit sa déception vis-à-vis du prélat : « Je pensais à l’époque que Nshole était sérieux. » Tout en reconnaissant à la CENCO le droit de donner son avis, il a revendiqué le même droit pour sa formation politique.
Sur un autre registre, Kabuya a réaffirmé la volonté du pouvoir de modifier la loi fondamentale. Une annonce faite sur un ton ferme devant une foule acquise à sa cause.
« La CENCO a le droit de donner son point de vue. Nous aussi, nous en avons le droit. Nous allons changer la Constitution. Oui, qu’ils le veuillent ou pas, nous allons changer cette Constitution », a-t-il martelé.
La partie la plus explosive de son discours a porté sur la coalition d’opposition C64. Celle-ci a annoncé une marche pour le 8 juillet prochain afin d’exiger la démission du président Tshisekedi, qu’elle accuse de "trahison de son serment constitutionnel". Le point de chute annoncé : le Palais de la Nation.
Kabuya accuse les organisateurs de préparer des débordements. Il évoque un scénario de violence visant les représentations diplomatiques au centre-ville de Kinshasa, dans la commune de la Gombe.
« Ils veulent incendier les ambassades comme ils avaient fait le 28 janvier 2025, afin d’en faire porter la responsabilité au pouvoir en place », a-t-il déclaré.
Et d’ajouter :
« L’objectif principal de cette marche est d’incendier toutes les ambassades qui sont dans la commune de la Gombe pour faire porter la responsabilité au gouvernement congolais. »
Selon lui, l’opposition aurait recruté des "kulunas munis de manchettes" ainsi que des combattants Mobondo, milice active dans le Grand Bandundu, pour exécuter ce plan.
« Ils ont recruté des kulunas munis de manchettes. Nshole n’a pas vu ça ? Ils ont recruté les Mobondo et les voyous pour atteindre leurs objectifs », a-t-il accusé.
Il a appelé les diplomates en poste à Kinshasa à ne pas se fier au discours officiel de l’opposition, qu’il présente comme un écran de fumée. Pour Kabuya, l’enjeu réel de la mobilisation n’est pas la défense de la Constitution, mais de "barrer la route au changement de la Constitution".
Le président a.i de l’UDPS a fait un parallèle avec le sit-in de l’opposition réprimé par la police le vendredi 12 juin dernier. Il soutient que l’objectif de cette action était déjà l’incendie du Palais du Peuple pour plonger le pays dans la crise.
« Le dimanche dernier, Kabuya avait affirmé que l'objectif assigné de l'opposition lors de son sit-in réprimé par la police vendredi 12 juin dernier était d'incendier le Palais du peuple, et créer la crise dans l'ensemble du pays », a-t-il rappelé.
Ces déclarations interviennent dans un climat politique déjà tendu, à l’approche de la marche annoncée par l’opposition et alors que le débat sur une éventuelle révision constitutionnelle divise la classe politique et la société civile.
Yves Sayo