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Référendum ou piège ? Les évêques dénoncent un plan caché pour offrir un 3e mandat au Président
By GéantRadio
Published on 20/06/2026 14:33
POLITIQUE

Alors que le débat sur une révision de la Constitution s’intensifie en République Démocratique du Congo, la Conférence Épiscopale Nationale du Congo choisit la fermeté là où l’Église du Christ au Congo plaide encore pour le dialogue. Au terme de son assemblée plénière extraordinaire tenue à Kinshasa du 18 au 20 juin 2026, la CENCO a rendu public un message sans ambiguïté : la loi sur l’organisation du référendum, telle que présentée, menace directement l’ossature de la Constitution de 2006 et fait peser sur le pays un risque de déstabilisation majeur.

Pour les évêques, la question n’est pas technique. Elle est existentielle. La loi actuellement discutée pourrait, selon leur analyse, servir de porte d’entrée à une consultation populaire destinée à toucher aux dispositions verrouillées par l’article 220 de la Constitution. Or cet article, rappellent-ils, protège les matières intangibles de la République : la forme républicaine de l’État, le nombre de mandats du Président, le suffrage universel direct, l’indépendance du pouvoir judiciaire. Pour la CENCO, ces verrous ne sont pas des détails juridiques. Ils constituent un rempart contre la dictature et contre la privatisation de l’État. Les toucher, même sous couvert d’un référendum, reviendrait à violer l’ordre constitutionnel établi.

Le ton du message final, lu par Monseigneur Donatien Nshole, secrétaire général de la CENCO, ne laisse aucune place au compromis. Les prélats estiment que tout passage en force sur ce dossier comporte des risques énormes. Dans un contexte national déjà marqué par des rivalités politiques à forte connotation ethnique et tribale, ils redoutent le déclenchement d’une nouvelle guerre civile. Pire encore, ils évoquent le spectre de la balkanisation du pays, un scénario qu’ils jugent plausible si la Constitution est manipulée pour des intérêts partisans.

Sur le fond, la position des évêques est claire et sans détour. Un président de la République ne peut exercer que deux mandats, conformément à la Constitution promulguée le 18 février 2006. Pour la CENCO, changer la loi fondamentale n’est ni nécessaire ni opportun. La priorité absolue, disent-ils, reste le retour de la paix, particulièrement dans l’Est du pays. Modifier la Constitution dans ces conditions reviendrait à détourner l’attention des urgences réelles et à rouvrir des plaies que le pays peine encore à refermer.

S’adressant directement au Président de la République, les évêques lui demandent d’honorer le serment prêté devant Dieu et la Nation. Ce serment, soulignent-ils, engage à respecter et à défendre la Constitution de 2006. Agir autrement engagerait sa responsabilité personnelle et historique devant le peuple congolais et devant l’histoire. La CENCO ne se contente pas de mettre en garde. Elle prend date et se réserve le droit d’annoncer prochainement des actions concrètes pour accompagner sa position.

Le message s’adresse aussi au clergé et aux agents pastoraux. Les évêques leur enjoignent de diffuser largement la déclaration et d’éveiller la conscience des fidèles ainsi que celle des hommes de bonne volonté. L’objectif est de résister aux tentatives de manipulation visant à justifier un changement de Constitution. À la population congolaise, la CENCO recommande la vigilance. Elle l’appelle à s’opposer par tous les moyens légaux et pacifiques à toute tentative de modification des articles verrouillés. Citant un précédent message pastoral, les prélats rappellent que le pays va très mal et qu’il est impérieux que les Congolais se lèvent, redressent leurs fronts encore courbés et prennent leur destin en main. À défaut, avertissent-ils, l’avenir du pays sera hypothéqué pour longtemps.

La communauté internationale n’est pas épargnée par l’appel. La CENCO l’exhorte à respecter et à faire respecter la Constitution congolaise ainsi que les résolutions et accords signés en faveur de la paix en RDC. Pour les évêques, ces engagements internationaux doivent servir de garde-fou face aux dérives institutionnelles.

Sur les motivations des partisans de la révision, la CENCO ne mâche pas ses mots. Selon les évêques, certains tenants du changement de la Constitution ne cachent plus leur objectif principal : offrir un autre cycle de mandats à l’actuel Président de la République. Une telle démarche constituerait une rupture du pacte républicain, ce compromis politique obtenu après de longues années de crises et de conflits depuis l’indépendance. Briser ce pacte, c’est remettre en cause l’équilibre fragile qui maintient encore le pays debout.

En face, la majorité parlementaire défend une lecture différente du texte. Les élus insistent sur le fait que la proposition de loi déposée le 14 décembre 2024 par le député Paul-Gaspard Ngondankoy vise uniquement à doter la RDC d’un cadre légal clair pour organiser un référendum sur des questions majeures de la vie nationale. Selon l’auteur du texte, il s’agit de combler un vide juridique et d’adapter la loi aux exigences de la Constitution en vigueur, sans viser directement les articles verrouillés.

Ce contraste de lectures alimente la tension politique. Après la journée ville morte, l’opposition réunie au sein de la coalition C64 a organisé une manifestation devant le Palais du Peuple, siège du Parlement. Elle annonce déjà une marche d’ampleur pour le 8 juillet prochain afin d’intensifier la pression. Entre la fermeté de la CENCO, la détermination de la majorité et la mobilisation de l’opposition, le pays entre dans une phase de confrontation où la Constitution de 2006 est désormais au cœur de toutes les batailles.

Yves Sayo 

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