La Coalition Article 64 pour la défense de l’ordre constitutionnel, dite Coalition C64, a rendu public un rapport synthétique faisant état d’un bilan humain particulièrement lourd à la suite de la répression du sit-in organisé le 12 juin 2026 devant le Palais du Peuple à Kinshasa.
Selon le document consulté par notre rédaction, la manifestation pacifique, qui réunissait des leaders politiques, des députés et des militants de la société civile, a été dispersée dans la violence. La C64 chiffre les conséquences humaines de cette intervention de manière précise et alarmante.
Le rapport détaille plusieurs catégories de victimes :
- 338 blessés graves : des manifestants atteints par des projectiles, des éclats et des armes blanches, nécessitant une prise en charge médicale urgente dans plusieurs hôpitaux de la capitale.
- 219 blessés légers : contusions, plaies et traumatismes divers enregistrés sur le terrain et dans les centres de santé de proximité.
- 27 personnes portées disparues : des familles restent sans nouvelles de leurs proches depuis la dispersion du rassemblement.
- 36 arrestations arbitraires : interpellations jugées illégales par la coalition, sans mandat ni motif clairement établi.
- 2 décès : deux manifestants ont perdu la vie au cours des affrontements, plongeant leurs familles et leurs formations politiques dans le deuil.
- 22 cas d’agressions sexuelles : la C64 dénonce des violences sexuelles commises durant la répression, un aspect qui alourdit encore le bilan.
Au total, ce sont plus de 640 personnes qui auraient été directement affectées par les événements du 12 juin, selon le décompte de la coalition.
Dans son analyse, la Coalition Article 64 pointe directement la responsabilité de deux acteurs. Elle met en cause la Police Nationale Congolaise, accusée d’avoir outrepassé les règles d’usage de la force prévues par la loi congolaise et les standards internationaux.
La C64 désigne également la milice du parti au pouvoir, l’UDPS, connue sous le nom de « Force du Progrès ». Selon le rapport, ses membres auraient pris une part active dans la répression aux côtés des forces régulières.
La coalition décrit des méthodes d’intervention particulièrement violentes. Elle affirme que les manifestants, les leaders politiques et certains députés présents sur les lieux ont été pris pour cible par :
1. Des engins à fragmentation, dont l’usage en milieu urbain est strictement encadré.
2. Des armes à feu, ayant causé les blessures les plus graves et les deux décès recensés.
3. Des machettes, armes blanches qui expliqueraient une partie des traumatismes relevés.
4. Des cocktails Molotov, utilisés pour disperser la foule et créer un climat de panique.
Le rassemblement du 12 juin avait été convoqué par la Coalition C64 dans l’enceinte même du Palais du Peuple, siège du Parlement. L’objectif affiché était de dénoncer ce que la plateforme considère comme des dérives autoritaires et des menaces pesant sur l’ordre constitutionnel en République Démocratique du Congo.
La présence de députés et de leaders politiques parmi les manifestants, souligne la C64, confère à cette répression une dimension institutionnelle inédite. Pour la coalition, viser des élus de la nation constitue une atteinte directe au fonctionnement démocratique.
La publication de ce rapport intervient dans un contexte de fortes tensions politiques à Kinshasa. La Coalition Article 64 exige l’ouverture immédiate d’une enquête indépendante et transparente pour faire la lumière sur les circonstances exactes de la répression et établir les responsabilités individuelles.
Elle appelle également les organisations de défense des droits humains, les partenaires internationaux et les institutions congolaises compétentes à se saisir du dossier. Pour la C64, les auteurs des violences, qu’ils soient issus des forces de sécurité ou de la milice « Force du Progrès », doivent répondre de leurs actes devant la justice.
Le gouvernement n’a pas encore réagi officiellement aux conclusions de ce rapport. Les familles des victimes, des disparus et des personnes arrêtées attendent désormais des réponses claires et des mesures de réparation.
La C64 conclut son document en rappelant que le droit de manifester pacifiquement est garanti par la Constitution. Pour elle, la répression du 12 juin représente un précédent dangereux pour les libertés publiques en RDC.
Yves Sayo