L’Assemblée Provinciale du Lualaba a été le théâtre d’un échange musclé lors de la dernière plénière. Au centre des débats : une directive controversée interdisant aux élus provinciaux de contrôler l’exécution du budget et des actions du gouvernement provincial. Cette mesure, présentée comme ayant été décidée à Kinshasa il y a quelques mois, a été relayée à Kolwezi par l’honorable Archimède Kalassa, vice-président de l’institution.
L’initiative de cette interdiction serait portée par le ministre de l’Intérieur, Jacquemin Shabani. Or ce dernier a lui-même fait face à une motion de défiance au niveau national concernant ce même dossier. Cette contradiction n’a pas échappé aux députés provinciaux.
C’est l’honorable Jean Marie Tshizainga qui a ouvert le feu. L’élu a demandé des éclaircissements sur le fondement juridique de cette décision. Sa question était directe : si le ministre initiateur est contesté à Kinshasa, sur quelle base le bureau de l’Assemblée du Lualaba s’appuie-t-il pour imposer cette restriction aux représentants du peuple ?
« Vous qui nous avez amené cette décision, où l’avez-vous tirée ? », a-t-il martelé devant l’hémicycle.
Invité à répondre, l’honorable Archimède Kalassa, vice-président de l’Assemblée, a multiplié les circonvolutions oratoires sans jamais entrer dans le fond. Plutôt que d’expliquer la source légale de l’interdiction, il a choisi la voie de la polémique.
« Nous devons être clairs, nous devons être au chevet de la population en lui disant la vérité. Si nous ne disons pas la vérité à notre population, nous allons semer le K.O. Le Lualaba s’est démarqué. Même si on peut parler des autres provinces, au Lualaba nous sommes dit : on refuse les conflits. Ces motions, nous les refusons. Et vous, vous voulez que nous puissions aller toujours dans cette ligne des conflits ? Et avec les conflits, nous allons avoir quoi ? »
Le président de l’Assemblée, Jean Marie Kaseya Tshingambo, est venu en appui à son vice-président. Son discours a mis l’accent sur la stabilité et la préservation des emplois.
« Nous refusons les conflits. Si vous créez les conflits ici, les agents seront en chômage et moi particulièrement, je ne suis pas prêt pour le chômage », a-t-il déclaré, soutenu par l’honorable Archimède Kalassa qui a lancé en swahili : « Shiyee Lutu atu pende Bulofwa ».
Le président a ensuite fixé sa ligne de conduite : « Aussi longtemps que je serai président de l’Assemblée, je ne peux pas tolérer ça. S’il y a à dialoguer, nous devons dialoguer. S’il y a à échanger, nous devons échanger, pourvu que nous puissions protéger notre travail. D’ailleurs, où nous allons, c’est noir, c’est le noir, je vous assure. Laissez-nous travailler encore. Si toi tu as déjà des réserves, reste avec nous. On n’a pas encore des réserves, laissez-nous encore en bénéficier. »
Le président Kaseya et son vice-président Archimède Kalassa ont, devant les caméras et la population, tenu un discours qui a surpris plus d’un observateur. Ils ont affirmé sans détour leur priorité : « Nous sommes là pour gagner d’abord et personne ne peut nous arrêter ». Une phrase perçue comme un aveu sur les véritables motivations qui animent la direction actuelle du bureau.
Face à cette scène, la population du Lualaba s’interroge. Comment l’Assemblée, censée être le contre-pouvoir et le défenseur des intérêts des citoyens, peut-elle se transformer en espace de préservation d’intérêts personnels ?
Les défis sont pourtant énormes : insécurité grandissante, délestages récurrents, chômage des jeunes, routes dégradées, manque d’infrastructures sanitaires et scolaires. Les attentes sont fortes. Mais au lieu de débattre de solutions concrètes, l’hémicycle semble focalisé sur la protection de postes et d’avantages.
Pour de nombreux analystes politiques locaux, cette séance restera comme un tournant. L’histoire retiendra cet épisode que d’aucuns qualifient déjà de « macabre » pour la démocratie provinciale. Sous la présidence de Jean Marie Kaseya Tshingambo, l’Assemblée du Lualaba donne l’image d’une institution qui renonce à son rôle constitutionnel de contrôle pour privilégier la stabilité du bureau.
Le débat sur la séparation des pouvoirs et l’indépendance des élus est désormais relancé. La population attend de savoir qui portera réellement sa voix quand ceux qui devraient la défendre semblent avoir choisi un autre camp.
Cet incident pose une question de fond : une Assemblée Provinciale peut-elle remplir sa mission si le contrôle de l’exécutif est perçu comme une menace plutôt que comme un devoir ? Le Lualaba retient son souffle.
Etienne Kankwende