Une semaine après les tensions survenues dans la capitale, le désaccord sur le bilan humain de la manifestation de la coalition d’opposition C64 s’envenime. Alors que le gouvernement congolais maintient qu’aucune perte en vie humaine n’est à déplorer, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, HCDH, dresse un constat bien plus lourd : au moins un manifestant tué et 38 personnes blessées.
Dans un communiqué rendu public le 18 juin 2026, le Haut-Commissaire aux droits de l’homme, Volker Türk, est revenu sur les incidents du 12 juin. La marche, organisée par la C64 pour dénoncer le projet de réformes constitutionnelles, a dégénéré aux abords du Palais du Peuple.
Selon les données compilées par les équipes onusiennes sur le terrain, les forces de sécurité auraient fait usage d’une force disproportionnée. Le HCDH fait état d’au moins un décès confirmé et de 38 blessés, dont plusieurs cadres politiques de l’opposition présents au cortège. Un chiffre qui contredit directement la version officielle des autorités.
Par la voix de son porte-parole à Kinshasa, Seif Magango, le HCDH a rappelé à l’État congolais ses engagements internationaux. L’organisation onusienne insiste sur deux points : la garantie du droit constitutionnel à manifester pacifiquement et l’obligation de protéger les citoyens sans discrimination.
Le Haut-Commissariat souligne également que l’usage de la force par les services de sécurité doit rester “exceptionnel, proportionné et strictement conforme aux standards internationaux des droits humains”. Une mise en garde qui intervient alors que les images de dispersion ont suscité de vives réactions sur les réseaux sociaux.
Si Volker Türk a pris acte de l’annonce d’une enquête par les autorités congolaises, il juge la démarche insuffisante en l’état. Le Haut-Commissaire plaide pour la mise en place d’investigations “indépendantes, transparentes et impartiales”. Objectif : établir la chronologie exacte des faits, identifier les responsabilités et, le cas échéant, engager des poursuites judiciaires équitables.
Cette exigence prend une résonance particulière à moins de deux ans des élections générales prévues en 2028. L’ONU appelle Kinshasa à créer un climat politique apaisé en préservant les libertés fondamentales : liberté d’expression, liberté d’association et droit de manifester sans crainte de représailles.
Côté gouvernement, la ligne ne bouge pas. Les autorités provinciales de Kinshasa continuent d’affirmer qu’aucun décès n’a été enregistré le 12 juin. Elles reconnaissent des blessés légers mais contestent tout bilan mortel.
Sur le plan judiciaire, le ministre d’État en charge de la Justice, Guillaume Ngefa, a multiplié les consultations depuis la semaine dernière. Son cabinet indique avoir échangé avec les responsables des partis membres de la C64 ainsi qu’avec certaines institutions de suivi des manifestations. L’objectif affiché est de “recouper les témoignages et les rapports pour établir les circonstances exactes des incidents”.
Sept jours après les faits, le fossé reste total entre les deux camps. L’opposition, via la C64, maintient sa dénonciation de plusieurs morts, de dizaines de blessés graves et de dégâts matériels importants. Le pouvoir, lui, reste sur un bilan officiel sans victime mortelle.
Cette divergence alimente la tension politique à Kinshasa. Elle pose aussi la question de la confiance dans les mécanismes de reddition de comptes, alors que la RDC entame la préparation de son prochain cycle électoral. La réponse des autorités à la demande d’enquête indépendante de l’ONU sera scrutée de près, tant au niveau national qu’international.
Yves Sayo