Après l’exploit retentissant des Léopards de la RDC, la scène politique congolaise s’est saisie de l’événement. Figure de l’opposition, Martin Fayulu a choisi de tempérer l’euphorie nationale par un rappel à la réalité. Dans une déclaration diffusée ce vendredi, l’ancien candidat à la présidentielle interpelle le pouvoir et l’opinion : l’émotion collective ne doit pas occulter les défis structurels du pays.
Martin Fayulu commence par saluer la performance des Léopards. Pour lui, la victoire de l’équipe nationale est un moment de communion rare. Elle rappelle que la RDC possède des talents capables de briller sur la scène continentale et mondiale. "C’est notre drapeau qui flotte, ce sont nos couleurs qui résonnent", reconnaît-il.
Mais aussitôt, le ton change. L’opposant met en garde contre ce qu’il appelle "la récupération politique du sport". Pour lui, il serait dangereux que le pouvoir utilise cette victoire pour détourner l’attention des Congolais. "Que personne ne récupère les exploits des Léopards pour masquer les échecs de la gouvernance. Le patriotisme, c’est protéger le territoire, garantir la sécurité, renforcer les institutions, lutter contre Ebola et améliorer la vie des Congolais. Le reste n’est que diversion", déclare-t-il.
Au cœur de son message, Martin Fayulu propose une autre définition du patriotisme. Loin des chants et des drapeaux brandis pendant 90 minutes, il l’ancre dans le quotidien des citoyens.
Pour l’opposant, être patriote aujourd’hui en RDC, c’est d’abord sécuriser l’Est du pays. C’est mettre fin aux cycles de violence qui déplacent des millions de personnes à Goma, Beni ou Butembo. C’est aussi garantir que chaque enfant puisse aller à l’école sans craindre une attaque, et que chaque mère puisse accoucher dans un centre de santé équipé.
Il insiste ensuite sur la solidité des institutions. "Un pays fort, ce sont des institutions fortes, indépendantes, crédibles", souligne-t-il. Pour lui, la démocratie ne se décrète pas. Elle se construit avec des élections transparentes, une justice équitable et une séparation réelle des pouvoirs.
La référence à Ebola n’est pas anodine. Martin Fayulu rappelle que la RDC reste vulnérable aux épidémies. La lutte contre les maladies, l’accès à l’eau potable, la nutrition des enfants et la couverture santé universelle sont, selon lui, de véritables actes de souveraineté. "On ne peut pas célébrer un but le dimanche si des familles meurent de faim le lundi", affirme-t-il.
Il ajoute que l’amélioration des conditions de vie doit être la boussole de l’action publique. Salaires décents, emplois pour la jeunesse, infrastructures fiables, lutte contre la corruption : voilà les vrais marqueurs du progrès national. Le reste, dit-il, "n’est que diversion" face à l’urgence sociale.
Martin Fayulu ne s’adresse pas qu’au pouvoir. Il interpelle aussi les Congolais et la classe politique dans son ensemble. La fierté nationale, dit-il, doit se transformer en exigence citoyenne. Il invite chacun à faire la part entre l’émotion légitime d’un match gagné et l’évaluation lucide des politiques publiques.
"Applaudissons nos Léopards, soutenons-les, rêvons avec eux. Mais ne laissons pas cette joie nous empêcher de poser les bonnes questions", conclut-il. Une position qui relance le débat : comment concilier fierté nationale et exigence de résultats ?
En RDC, le football est plus qu’un sport. C’est un miroir. Et Martin Fayulu rappelle que ce miroir doit aussi refléter les priorités du pays : paix, institutions, santé et bien-être des Congolais.
Yves Sayo