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CENCO face à la nation : Les évêques peuvent-ils arbitrer la crise constitutionnelle ?
By GéantRadio
Published on 18/06/2026 20:11 • Updated 18/06/2026 20:16
POLITIQUE

La séquence de consultations nationales sur l’avenir de la Constitution congolaise s’est poursuivie ce jeudi au siège de la Conférence épiscopale nationale du Congo, CENCO, à Kinshasa. Une délégation de l’opposition politique a été reçue par les prélats catholiques pour y exposer, de vive voix, son analyse et ses réserves face au projet de changement ou de révision de la Loi fondamentale.

Cette audience s’inscrit dans le cadre de l’Assemblée plénière extraordinaire que tient actuellement l’épiscopat congolais. Réunis depuis plusieurs jours, les évêques mènent une série d’auditions avec l’ensemble des acteurs de la vie nationale : majorité, opposition, société civile, confessions religieuses et experts constitutionnalistes. L’objectif affiché : dresser un état des lieux objectif des aspirations et des craintes liées à une éventuelle modification de la Constitution de 2006.  

Face aux membres de la CENCO, les représentants de l’opposition ont détaillé leur position. Au cœur de leur argumentaire : le respect scrupuleux des acquis démocratiques, la préservation du verrou limitant le nombre de mandats présidentiels, et la nécessité d’un large consensus national avant toute réforme institutionnelle majeure. 

Selon les intervenants, toute tentative de révision ou de changement constitutionnel sans dialogue inclusif risquerait de rouvrir des fractures politiques et de fragiliser la cohésion nationale. La délégation a également insisté sur l’importance de garantir l’indépendance de la Commission électorale nationale indépendante, CENI, et de sécuriser le calendrier électoral à venir. Pour l’opposition, la Constitution n’est pas un simple texte technique, mais le socle du contrat social entre l’État et les citoyens.  

Depuis 2016, la CENCO s’est imposée comme un acteur central de médiation en RDC. Son rôle ne se limite pas à des prises de position : elle organise, écoute, rapproche les points de vue. Dans ce dossier sensible, les évêques se positionnent comme garants d’un processus apaisé. 

Au cours de la rencontre de ce jeudi, les prélats ont multiplié les questions pour cerner les motivations profondes de l’opposition, mais aussi les alternatives proposées. L’échange, décrit comme franc et courtois par les participants, a permis de mettre sur la table les craintes liées à une concentration des pouvoirs, mais aussi les arguments de ceux qui plaident pour une adaptation de la Constitution aux réalités du pays. 

À l’issue de cette Assemblée plénière extraordinaire, la CENCO doit rendre publique sa position officielle. Le rendez-vous est fixé au plus tard le samedi 20 juin 2026. Cette déclaration est particulièrement attendue, car elle influencera directement le débat public et les décisions des autorités. 

Les évêques devraient y formuler des recommandations précises : conditions d’une révision acceptable, mécanismes de consultation populaire, garanties institutionnelles, et calendrier. Leur mot pèsera lourd, tant leur crédibilité morale reste forte auprès de l’opinion.  

La question constitutionnelle ne se joue pas qu’au siège de la CENCO. Dans les provinces, les partis politiques, les mouvements citoyens et les universités débattent déjà des implications d’un changement de texte fondamental. Entre ceux qui réclament des ajustements pour mieux répondre aux défis sécuritaires, économiques et sociaux, et ceux qui y voient un risque de dérive autoritaire, le pays se retrouve à la croisée des chemins.

La position que prendra la CENCO samedi pourrait donc servir de boussole. Elle donnera le ton des semaines à venir et déterminera, en partie, si le pays s’engage dans un processus consensuel ou dans une confrontation politique. 

Au-delà du texte juridique, c’est la stabilité institutionnelle qui est en jeu. La Constitution de 2006, issue du dialogue intercongolais de Sun City, est perçue par beaucoup comme le fruit d’un compromis historique. La modifier, c’est toucher à cet équilibre. C’est pourquoi la démarche de la CENCO, basée sur l’écoute de toutes les composantes, est scrutée avec attention.

D’ici samedi, les regards resteront tournés vers Kinshasa. La déclaration des évêques ne tranchera pas seule le débat, mais elle posera un cadre moral et éthique indispensable dans un contexte politique déjà tendu.

Yves Sayo 

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