Le Président de la République Démocratique du Congo, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, a marqué les esprits lors de sa rencontre avec la diaspora congolaise de Houston, Texas. Accompagné de la Première Dame Denise Nyakeru Tshisekedi, le Chef de l’État s’est exprimé devant une mobilisation nombreuse de Congolais venus l’accueillir à la veille du match RDC-Portugal comptant pour la Coupe du Monde 2026.
Dans un discours à la fois historique et frontal, le Président a dressé le bilan des interférences étrangères qui ont jalonné l’histoire politique récente du pays. Avec une fermeté assumée, il a déclaré :
« Les ennemis étaient entrés, nous étions distraits. Ils ont même écarté un fils du pays, et ils ont placé leur chien, qu’ils pouvaient dresser à leur guise. »
Cette sortie intervient dans un contexte sécuritaire et politique particulièrement tendu à l’Est de la RDC, avec la persistance de la guerre contre le M23. En évoquant l’assassinat de Laurent-Désiré Kabila en 2001 et l’accession au pouvoir de Joseph Kabila, le Président Tshisekedi rappelle une période qu’il qualifie de « distraction nationale ». Il accuse ainsi des puissances étrangères d’avoir instrumentalisé la transition congolaise pour imposer un leadership docile.
Cette rhétorique s’inscrit dans la continuité de ses accusations de février 2025 à Munich, où il désignait déjà Joseph Kabila comme « le véritable commanditaire » des mouvements armés déstabilisant la RDC, notamment en lien avec le Rwanda et le M23.
La visite à Houston n’est pas anodine. Elle coïncide avec le retour historique des Léopards en phase finale de Coupe du Monde, 52 ans après leur seule participation en 1974 sous le nom du Zaïre. Le match contre le Portugal de Cristiano Ronaldo, prévu mercredi 17 juin au NRG Stadium, est présenté par la Présidence comme un « moment de fierté collective et un facteur de cohésion ».
Devant la diaspora, le Président a mêlé humour et solennité : « Si on gagne, je resterai un jour de plus avec vous ». Une phrase qui a déclenché l’enthousiasme des supporters, mais qui masque mal l’enjeu politique de cette sortie américaine.
Au-delà du football, Félix Tshisekedi a utilisé cette tribune pour réaffirmer deux priorités :
- L’unité nationale : Il présente la participation des Léopards comme une opportunité de transcender les divisions et de rassembler Congolais du pays et de la diaspora autour d’un projet commun.
- La souveraineté : En dénonçant les « ennemis » et les « chiens dressés », il réactive un discours de rupture avec ce qu’il considère comme les ingérences du passé. L’objectif affiché : rendre au peuple congolais le contrôle de son destin politique et économique.
La présence du Chef de l’État à Houston n’échappe pas aux critiques. Ses détracteurs lui reprochent de se rendre aux États-Unis pour un match de football alors que la RDC traverse une crise sécuritaire majeure à l’Est. Pour la Présidence, il s’agit au contraire d’affirmer que la RDC peut défendre ses frontières tout en rayonnant sur la scène internationale.
Plus de cinquante ans après 1974, le retour des Léopards au Mondial est vécu comme un accomplissement majeur pour le sport congolais. Félix Tshisekedi entend capitaliser sur cet élan pour galvaniser la jeunesse et projeter une image de RDC résiliente et unie.
En s’adressant directement à la diaspora, souvent critique mais toujours influente, le Président cherche à resserrer les liens et à obtenir son soutien dans la bataille diplomatique que mène Kinshasa contre les groupes armés et leurs supposés parrains.
Le discours de Houston révèle un Félix Tshisekedi offensif, qui assume un langage historique pour expliquer les échecs du passé et justifier les combats du présent. Entre soutien aux Léopards et dénonciation des « ennemis de la République », le Président tente de transformer un événement sportif en acte politique fort : celui de la reconquête de la souveraineté et de la dignité congolaise.
Yves Sayo