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Affaire Mbavu, RVA-ISTM, cathodes : L’Assemblée provinciale met Weber Mutshaila face à ses déclarations
By GéantRadio
Published on 16/06/2026 15:42
POLITIQUE

L’Assemblée provinciale du Lualaba a décidé de se saisir officiellement du dossier impliquant son rapporteur, le député provincial Weber Mutshaila, et de l’examiner en séance à huis clos. La décision a été prise ce mardi 16 juin 2026, après le dépôt d’une motion par le député Jean-Marie Tshizainga.

Le recours au huis clos est prévu par le règlement intérieur de l’institution lorsqu’il s’agit de traiter des sujets sensibles, susceptibles d’affecter la réputation de personnes, de compliquer des enquêtes administratives ou de porter sur des intérêts économiques stratégiques de la province. Cette procédure vise à garantir la sérénité des débats et à permettre aux élus de confronter les informations sans pression extérieure immédiate.

Le dossier est arrivé devant l’hémicycle après la diffusion de plusieurs vidéos sur les réseaux sociaux dans lesquelles le rapporteur Weber Mutshaila expose des révélations concernant la gestion provinciale. Deux axes principaux structurent ses déclarations. Le premier axe concerne les opérations de démolition menées dans le quartier RVA-ISTM à Kolwezi. L’élu décrit des destructions d’habitations présentées par l’autorité comme des constructions sur des emprises publiques et insiste sur les conséquences sociales de ces interventions. 

Le second axe porte sur la relance du dossier relatif au présumé vol de cathodes, une ressource minière stratégique pour l’économie du Lualaba. Dans ses interventions publiques, Weber Mutshaila cite nommément le ministre provincial Roy Kaumba ainsi que le directeur provincial de l’Anti-fraude, Trésor Mahamba. Il les met en cause dans la gestion, le suivi et la transparence de la chaîne de contrôle des matières premières, en évoquant des zones d’ombre et des blocages administratifs supposés. Il convient de rappeler qu’à ce stade ces affirmations constituent des allégations formulées par un élu dans l’exercice de sa mission de contrôle parlementaire.

L’Assemblée provinciale devra également examiner la forme des interventions du rapporteur. Plusieurs témoignages diffusés dans l’espace public indiquent que Weber Mutshaila aurait manqué de respect à une partie de la population en tenant des propos injurieux à caractère sexuel lors de ses prises de parole. Si ces faits sont établis, ils soulèvent la question du devoir d’exemplarité, de dignité et de réserve qui s’impose à tout détenteur de mandat public, particulièrement dans ses relations avec les citoyens qu’il représente. L’institution devra apprécier si ces comportements sont compatibles avec les obligations liées à la fonction de député et à celle de rapporteur, chargé de garantir la rigueur des travaux parlementaires.

Le profil politique de Weber Mutshaila ajoute une dimension d’analyse au dossier. Élu sous l’étiquette d’Ensemble pour la République, parti de l’opposant Moïse Katumbi Chapwe, il avait voté en faveur de Madame Fifi Masuka Saini lors de l’élection des gouverneurs. Depuis son élection au poste de rapporteur de l’Assemblée provinciale, il a adopté des positions qui le rapprochent du camp de la majorité provinciale. Cette trajectoire est commentée dans l’opinion publique, certains y voyant une posture pragmatique liée à l’exercice des responsabilités institutionnelles, d’autres y lisant une évolution de positionnement politique. Cette dualité rend ses déclarations particulièrement suivies, car elles sont perçues comme le reflet de dynamiques internes au sein de la coalition qui soutient l’exécutif provincial.

Dans les faits rappelés autour de ce dossier, il est aussi fait mention d’un incident survenu à la barrière Mbavu. Selon des publications largement relayées mais non vérifiées de manière indépendante, le rapporteur aurait eu un échange conflictuel avec des agents de la DRNOFLU, de l’Anti-fraude et d’autres services de contrôle. Il lui est reproché de s’être adressé en tutoyant la Gouverneure Fifi Masuka Saini et le ministre Roy, tout en proférant des menaces. D’autres allégations évoquent une tentative de faire passer des camions transportant des substances illicites, ainsi que des déclarations dénigrantes à l’égard du gouvernement provincial, tenues dans un état d’ébriété supposé. Ces éléments, diffusés sans confirmation officielle, devront être traités avec prudence par l’Assemblée, dans le strict respect du droit à la défense et de la procédure contradictoire.

C’est dans ce contexte que l’initiative du député Jean-Marie Tshizainga prend toute son importance. En déposant la motion qui a conduit à la saisine du dossier, il a rappelé la fonction essentielle du député provincial qui consiste à porter les préoccupations de la population à l’hémicycle et à exiger des comptes à l’exécutif. Dans un environnement politique souvent polarisé, il est décrit par plusieurs acteurs locaux comme un élu « au milieu du village », c’est-à-dire en position d’équilibre, assumant pleinement le rôle véritable d’un député au Lualaba. Son action a permis de transformer une série de déclarations médiatiques en une procédure institutionnelle encadrée par les règles de l’Assemblée.

L’examen à huis clos permettra aux députés de confronter les faits relevés par le rapporteur aux éléments disponibles auprès des services techniques, des administrations sectorielles et des éventuels rapports administratifs non encore publiés. Les élus devront analyser la régularité des procédures de démolition au quartier RVA-ISTM, la matérialité des allégations relatives aux cathodes, la clarté de la chaîne de responsabilité au sein de l’exécutif et le comportement public du rapporteur au regard des obligations de dignité, de respect et de réserve. À l’issue de cette phase, le bureau de l’Assemblée pourra décider de rendre publiques tout ou partie des conclusions, recommandations ou décisions prises, conformément au règlement intérieur.

Plusieurs issues sont envisageables à l’issue de l’examen. Si les faits relevés sont jugés non fondés ou insuffisamment documentés, le dossier pourrait être classé sans suite. Si des indices sérieux d’irrégularités ou d’infractions sont relevés, la saisine des autorités judiciaires compétentes pourrait être envisagée. Enfin, des mesures disciplinaires internes pourraient être prises si le comportement du rapporteur est considéré comme contraire aux règles de fonctionnement et d’éthique de l’institution.

Pour la population de Kolwezi et de l’ensemble du Lualaba, cette séance représente une attente forte de clarté et de transparence. Les familles du quartier RVA-ISTM espèrent obtenir des réponses sur leur situation, tandis que l’ensemble des citoyens attend des garanties sur la gestion des ressources provinciales et sur la conduite des élus.

L’Assemblée provinciale se trouve ainsi face à un test de crédibilité. Elle doit démontrer qu’elle est capable de traiter un dossier sensible avec rigueur, respect des droits de chacun et souci de l’intérêt général. La qualité de la communication qui suivra cette séance à huis clos sera déterminante pour renforcer la confiance des citoyens et pour montrer que les institutions provinciales peuvent transformer une polémique en opportunité de clarification et de renforcement de la bonne gouvernance.

Etienne Kankwende/ Rédaction 

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