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Fayulu, Sessanga, Kabund à terre : Le prix du "non" à la révision constitutionnelle devant le Palais du Peuple
By GéantRadio
Published on 13/06/2026 09:39
POLITIQUE

La journée du vendredi 12 juin 2026 restera marquée par de violents affrontements à Kinshasa. L’opposition congolaise, regroupée au sein de la coalition C64, avait appelé à un sit-in pacifique devant le Palais du Peuple pour dénoncer le projet de changement de Constitution porté par le gouvernement. Le rassemblement a viré à l’affrontement. Bilan provisoire : plusieurs blessés dont Martin Fayulu, Delly Sesanga, Jean-Marc Kabund et Ados Ndombasi, et deux morts selon l’opposition.

Dès l’aube, le périmètre du Palais du Peuple, siège du Parlement, était bouclé. Des camions de police, des blindés de la brigade anti-émeute et des dizaines d’éléments de la Police nationale congolaise encadraient les principaux axes : Boulevard Triomphal, Avenue de l’Enseignement, accès au terrain Assosa. 

L’ambiance restait calme dans la capitale aux premières heures. La ville suivait son rythme habituel. Seule différence : ce dispositif sécuritaire inhabituel. Les autorités provinciales avaient interdit la veille la tenue du sit-in au Palais du Peuple, tout en autorisant un rassemblement sur le terrain Assosa, à condition de respecter l’itinéraire et d’éviter le siège du Parlement.

Le point de bascule s’est situé au siège de l’ECiDé, parti de Martin Fayulu, sur le Boulevard Triomphal. Vers 11h, l’atmosphère était encore détendue. Militants et cadres chantaient, drapeaux de l’Union des hommes brûlants du camp Luka en bandoulière. Ndeko Kante, venu du camp Luka, résumait la position : « Pas de référendum, pas de révision, pas de modification ». 

La situation s’est dégradée en début d’après-midi quand une colonne de manifestants a tenté de marcher vers le Palais du Peuple, en déviant de l’itinéraire convenu. La police a répliqué par des gaz lacrymogènes et des tirs de sommation. Des scènes de panique ont paralysé la circulation. Des véhicules ont été incendiés. Des éclats de verre jonchaient déjà le sol devant certains sièges de partis, comme celui du Fonus, traces d’accrochages survenus plus tôt.

Un manifestant, casque vissé, dénonçait l’intervention de membres de la Force du Progrès et de militaires : « Nous tenions une matinée politique. Notre seul tort est de dire non au changement de la Constitution ». 

Jacques Issongo de La Lucha rappelait le prix payé par les mouvements citoyens sous Joseph Kabila : « Si Félix Tshisekedi change la Constitution, les sacrifices de Luc Nkulula, Rossy Mukendi, Thérèse Kapangala auraient été vains. La Constitution doit être maintenue, au plus des modifications techniques sans toucher à l’article 220 ». 

Masqué, un autre militant résumait l’incompréhension de beaucoup : il y a quelques années, l’actuel président était lui-même dans l’opposition.

En fin de journée, l’opposition annonçait deux morts parmi les militants de l’ECiDé et plusieurs blessés graves. Prince Epenge, porte-parole de Lamuka, accusait : « La police a tiré sur des Congolais qui demandaient le respect de la Constitution. C’était un carnage. Certains sont touchés par balles, d’autres par les machettes de la Force du Progrès agissant avec la police politique ».

Le gouvernement provincial de Kinshasa dresse un autre bilan : 20 blessés légers, dont 15 policiers et 5 manifestants, plus 5 véhicules incendiés. Dans deux communiqués, l’Exécutif déplore les débordements et condamne le recrutement de jeunes désœuvrés, parfois sous influence, placés en première ligne. Le ministre provincial de la Santé, Patricien Gongo Abakazi, a salué le « professionnalisme » des forces de sécurité.

L’ex-président Joseph Kabila s’est exprimé par communiqué le 11 juin pour appeler au rejet de toute modification constitutionnelle. Le gouvernement central, lui, n’avait pas réagi officiellement vendredi soir.

Le sit-in visait la proposition de loi sur l’organisation du référendum. L’opposition y voit une manœuvre pour permettre un 3e mandat à Félix Tshisekedi. La C64 dénonce une menace directe pour la stabilité du pays. Les autorités rappellent que la liberté de manifestation est constitutionnelle mais doit respecter l’ordre public, la libre circulation et le déroulement des activités, notamment les épreuves du Tenasosp en cours.

Le gouvernement provincial se réserve le droit de saisir la justice pour établir les responsabilités. Sur le Boulevard Triomphal, les blindés sont restés positionnés tard dans la soirée. Kinshasa retenait son souffle.

Yves Sayo 

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