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Passation à l’ARSP : L’ancien DG hué, le nouveau DG applaudi d’avance. Bienvenue en RDC où rien n’est simple
By GéantRadio
Published on 12/06/2026 12:40
POLITIQUE

La cérémonie officielle de remise et reprise à la tête de l’Autorité de Régulation de la Sous-Traitance dans le Secteur Privé, ARSP, s’est déroulée  à Kinshasa dans une atmosphère inhabituelle. L’événement, qui devait marquer la transition entre l’ancien Directeur Général Miguel Kashal et son successeur Ted Beleshayi, a été marqué par des scènes de désapprobation émanant du personnel

Des images captées sur place et largement relayées montrent des agents de l’ARSP accueillir le départ de M. Kashal sous des huées insistantes. Des cris de "Voleur ! Voleur !" ont retenti dans la salle au moment où l’ancien DG quittait officiellement ses fonctions. Ce débordement a rompu le protocole habituel de ces cérémonies administratives, généralement placées sous le signe de la courtoisie institutionnelle.

La scène révèle une fracture profonde entre la direction sortante et une partie du personnel. Elle illustre aussi un phénomène bien connu dans la gestion publique congolaise : la mutation de la perception d’un dirigeant selon sa position. Tant qu’il occupe le poste, le responsable est entouré, consulté, rarement contredit. Les critiques se font rares, même lorsque la gestion suscite des réserves. Le pouvoir crée une forme de distance qui rend la vérité moins audible.

Mais dès que le mandat s’achève, le rapport de force s’inverse. Le bureau se vide, les appels se font plus espacés, et les griefs longtemps tus trouvent une expression publique. La passation à l’ARSP en est l’illustration directe. L’homme qui présidait la veille aux décisions se retrouve face à la colère de ceux qui l’ont côtoyé au quotidien.

Le message est clair pour tous ceux qui exercent des responsabilités : seule une gestion rigoureuse et transparente protège du désaveu au moment du bilan. Car tous les départs ne se ressemblent pas. D’autres directeurs généraux quittent leurs institutions sous les applaudissements de leurs équipes. Des vidéos montrent des responsables salués par le personnel, remerciés pour leur méthode de travail et leur sens de l’équité. La réaction des agents dépend donc étroitement du bilan laissé derrière soi.

Il convient cependant de nuancer le tableau. La relation entre dirigeants et agents dans l’administration publique en RDC est complexe et réciproque. Si les huées visent aujourd’hui l’ancien DG, une part des employés est elle-même interpellée sur son propre rapport au travail, à la discipline et à l’éthique professionnelle. Personne ne sort totalement indemne de ce constat. La RDC, avec ses défis structurels, ses attentes sociales fortes et ses contraintes budgétaires, reste un terrain de gestion compliqué pour toutes les parties.

C’est dans ce contexte que Ted Beleshayi, nouveau Directeur Général de l’ARSP, a pris officiellement ses fonctions. Dans son allocution, il a placé la question sociale au cœur de son mandat. Il s’est dit déterminé à répondre aux attentes des agents et cadres de la sous-traitance. Sa priorité affichée : résorber les inégalités salariales qui minent la cohésion interne de l’entreprise.

« Ma mission est de répondre favorablement aux desiderata des agents et cadres de la sous-traitance, particulièrement résoudre les inégalités salariales au sein de cette entreprise, afin d’accompagner la vision du Chef de l’État, Félix Tshisekedi en ce qui concerne la vie sociale », a déclaré M. Beleshayi lors de son discours d’installation.

Cette prise de position intervient alors que la question de la rémunération équitable est devenue un sujet de tension dans plusieurs établissements publics. L’ARSP, en tant que régulateur d’un secteur stratégique pour l’économie nationale, ne peut se permettre de fragilités internes si elle veut crédibiliser son action de contrôle et d’encadrement de la sous-traitance privée.

Le nouveau DG hérite donc d’un double chantier : rétablir un climat de confiance avec le personnel et aligner la gestion interne sur les objectifs de gouvernance fixés par le Président de la République. La réussite de sa mission sera mesurée à l’aune de sa capacité à transformer les promesses en actes concrets, visibles pour les agents

La passation de jeudi restera comme un signal fort. Elle rappelle que le jugement sur un mandat ne se rend pas uniquement dans les rapports administratifs. Il se lit aussi dans la réaction de ceux qui restent, dans les couloirs, après le départ du responsable. Pour l’ARSP, l’heure est maintenant au travail et à la reconstruction d’un dialogue social apaisé.

Yves Sayo 

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