Plus d’un an après son premier message public depuis la passation pacifique du pouvoir de janvier 2019, Joseph Kabila Kabange, Président de la République honoraire, a une nouvelle fois pris la parole. Dans un texte adressé au peuple congolais, il dresse un diagnostic sévère de la situation institutionnelle et politique actuelle, tout en appelant à une prise de conscience collective.
Le 23 mai 2025, Joseph Kabila avait déjà alerté sur l’état de la Nation. Un an plus tard, il estime que la dégradation s’est accélérée. Selon lui, le fonctionnement des institutions est grippé, la cohésion nationale s’effrite et la paix reste précaire dans plusieurs régions. Face à l’urgence, il avait alors proposé une « thérapie de choc » articulée autour de 12 mesures, restées sans suite concrète d’après lui. 
Le Président honoraire réitère sa mise en garde contre une implosion du pays, qu’il qualifie de « soudanisation ». Pour lui, l’absence de réformes rapides et profondes expose la RDC à un éclatement si le mode de gouvernance actuel se poursuit. Il pointe du doigt une gouvernance « arrogante, liberticide, prédatrice et discriminatoire », qui violerait les règles établies et marginaliserait plusieurs catégories de citoyens.
Joseph Kabila déplore que ses précédentes interventions aient été mal comprises ou instrumentalisées. Il accuse certains acteurs, motivés par des intérêts personnels ou partisans, de manipuler l’opinion publique. Objectif : détourner le sens de ses propos et masquer, selon lui, la vraie nature des politiques en cours et leurs conséquences négatives sur le pays. 
L’élément déclencheur de ce nouveau message est l’adoption récente, à l’Assemblée nationale, d’une loi référendaire. Pour Kabila, le pouvoir ne laisse plus place au doute : il souhaite modifier la Constitution, qu’il présente comme « l’expression suprême du pacte républicain » et le fondement du vivre-ensemble congolais. Il insiste : il ne s’agit plus de rumeurs ou d’accusations d’opposition comme en 2015-2016. C’est désormais un choix politique assumé et publiquement défendu par ceux qui dirigent.
Le ton se fait plus tranchant. Le Président honoraire parle de « forfaiture manifeste » et de « trahison du serment constitutionnel » par le premier responsable du pays. Pour lui, la démarche est de notoriété publique. Personne ne pourra donc, à l’avenir, prétendre ne pas avoir été informé. 
Selon Joseph Kabila, un cap décisif vient d’être franchi. La révision constitutionnelle en cours ouvrirait la voie à la consolidation d’une tyrannie et à l’instauration d’un pouvoir sans limite prévisible ni perspective crédible d’alternance démocratique. Il décrit la RDC comme une « cocotte-minute » privée d’oxygène démocratique, donc menacée d’explosion.
Au-delà des partis et des individus, Kabila estime que c’est la survie même du Congo et l’avenir des générations futures qui sont en jeu. Il appelle chaque Congolais conscient de ses droits à ne pas rester spectateur. Se taire, dit-il, reviendrait à se rendre complice d’un « véritable complot contre la Nation, la République et la démocratie ».
Il rappelle enfin que les États défendent d’abord leurs intérêts sur la scène internationale. Aucun partenaire extérieur, aussi bienveillant soit-il, ne viendra sauver la RDC à la place des Congolais eux-mêmes. La responsabilité de défendre le pays et de préserver son avenir lui incombe donc en priorité.
À travers ce message, Joseph Kabila relance le débat sur la Constitution, la démocratie et la gouvernance en RDC. Son intervention intervient à un moment où la question référendaire divise déjà la classe politique et la société civile. Reste à savoir quelle sera la réaction du pouvoir en place et des forces vives de la Nation face à cet appel.
Yves Sayo